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Le blog de Christophe Lamoure

PETER SLOTERDIJK

1 Mars 2011 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Revue de presse

 

sloterdijk.jpg

 

SOURCE :

http://www.hebdo.ch/exercetoi_change_ta_vie_86482_.html

 

Peter Sloterdijk
Exerce-toi, change ta vie!

Par Luc Debraine -

 

S’exercer en permanence, tonifier la tête aussi bien que le corps, s’imposer de la discipline, en particulier spirituelle et artistique: voilà la recette du professeur Sloterdijk pour sortir de la crise profonde dans laquelle est plongé ce début de XXIe siècle.

Comme tous les Européens, le grand philosophe allemand sent que «cela ne peut pas continuer ainsi», tant est grand, tant est profond le malaise économique et social de l’époque.

Sa réponse, un essai de 700 pages à la lecture exigeante, est comme toujours chez lui inattendue. S’il veut grandir pour sortir de la crise, l’être humain doit d’abord compter sur lui-même. Et donc renoncer à l’idée d’une métaphysique salvatrice, d’ailleurs plus porteuse de résignation et de fatalité qu’autre chose. Aide-toi, et le ciel t’aidera peutêtre!

Par strates successives, Peter Sloterdijk rédige un manuel de dépassement de soi par le training spirituel et physique. Comme il le note plus bas, il n’est plus lieu aujourd’hui de séparer les modes de vie intellectuel, artistique, scientifique et même sportif.

La nouvelle anthropologie philosophique du professeur Sloterdijk embrasse en effet le sport comme affirmation de soi. Etre, désormais, c’est être en forme. S’il y a bien une religion appliquée aux temps actuels, c’est celle du bien-être.

Pour une fois, la publication du livre de Peter Sloterdijk n’a pas été accueillie par un concert dodécaphonique de polémiques en Allemagne. "Tu dois changer ta vie" s’est vite imposé comme un grand succès de librairie, même si son contenu très dense n’a rien à voir avec un énième ouvrage de développement personnel. Interview.

Pourquoi l’injonction «Tu dois changer ta vie» aurait-elle plus d’urgence aujourd’hui qu’hier? Toutes les grandes idéologies du passé nous ont également ordonné de changer nos vies en vitesse, non?

Je ne suis pas d’accord. La tradition a toujours imposé aux êtres humains la conservation des formes de vies existantes. Et pourtant, depuis 2000 ans, c’est-à-dire presque rien sur l’horloge de l’histoire universelle, on exige des gens qu’ils fassent un effort pour changer leur vie.

C’est un phénomène relativement nouveau qui correspond à l’apparition des grands enseignants comme les philosophes grecs, le Bouddha ou le Christ. Depuis ce moment-là, il y a quelque chose dans l’air de la civilisation qu’on pourrait appeler la révolution éternelle. Celle-ci n’est pas seulement l’invention frivole d’un Trotski.

C’est un élément de la morale supérieure des grandes révolutions intellectuelles, des premiers siècles de notre ère jusqu’à aujourd’hui.

Quel est le point de départ de votre essai? La nécessité urgente de proposer des solutions à une crise profonde? Le retour massif du religieux?

C’est bien le sentiment d’une urgence extrême qui m’a fait écrire ce livre. Mais j’ai essayé de ne pas commettre l’erreur des prophètes des XIXe et XXe siècles. Ces derniers se présentaient comme les interprètes impatients de la grande crise du monde.

Cette hâte nocive a perturbé les esprits depuis la Révolution française. Tout le monde a compris qu’elle n’était pas satisfaisante. J’ai voulu équilibrer les deux grands sentiments qui sont pertinents dans ce champ de réflexion: l’urgence extrême et la suspension de l’impatience.

Ce livre est-il aussi le partage d’une expérience d’une vie, la vôtre, passée dans l’exercice spirituel et physique?

Je n’aurais pas pu écrire ce livre sans ma rencontre avec le continent spirituel que représente l’Inde ancienne et contemporaine. Ce pays s’est modernisé sans perdre l’essence de sa tradition. C’est l’une des grandes cultures de l’exercice spirituel et physique.

Il faut reconnaître que toutes les grandes civilisations qui ont fait un bond en avant dans les dernières décennies ont su renouer avec le meilleur de leur tradition. Comme la Chine, et un peu avant elle, le Japon. Seules ces cultures de l’exercice ont été capables d’entrer dans la compétition généralisée de l’ère de la globalisation.

Quel est le message de «Tu dois changer ta vie»?

Mon livre s’inscrit dans l’actualité. C’est un long appel qui s’adresse aux sujets cultivés qui se cachent en chacun de nous. Nous avons tous reçu grâce à nos formations antérieures les messages de la grande civilisation qui a existé avant nous: le prophétisme juif, la philosophie grecque, la sagesse romaine, la vie monastique...

Et surtout le message transmis par l’humanisme des XVe et XVIe siècles: celui de la vie artistique. Il y a ainsi cinq ou six modèles classiques d’une vie contemporaine qui se trouvent placés sous le défi de l’impossible. C’est le message profond de ce livre: l’homme doit s’ouvrir à l’impossible et combattre le philistin éternel qui se trouve en lui-même.

De manière surprenante, vous faites l’éloge du sport. Pour vous, celui-ci aurait pénétré en profondeur dans l’éthique de la modernité...

Il faut réfléchir ici sur la notion de renaissance, qui semble être une catégorie de l’histoire de l’art. Mais la signification du terme dépasse largement la seule histoire de l’art. Le phénomène, apparu en Europe aux XIVe et XVe siècles, est d’une envergure culturelle beaucoup plus importante.

Cette époque a été marquée par le retour de l’humanisme. C’est-à-dire par un savoir savant qui n’était pas seulement tourné vers l’étude des écritures saintes, mais aussi l’étude des textes profanes. On a ainsi admis le retour des philologues, des orateurs, des hommes de lettres, des artistes, des créateurs.

Mais il fallut attendre presque 500 ans pour voir revenir le phénomène central de la civilisation grecque: l’athlète. Ce que je propose dans mon analyse des exercices est d’intégrer des formes de vies spirituelles, artistiques, mais aussi sportives sous un dénominateur commun: celui de la «tension verticale».

Ce nouveau concept général couvre des terrains qui semblaient séparés, mais qui se regroupent maintenant de façon convaincante si on les considère du point de vue d’une vie vouée à l’exercice. L’artiste, l’athlète, le savant et le religieux ne sont que des expressions diverses d’un même principe.

Est-ce que cela vous gênerait si «Tu dois changer ta vie» était placé en librairie dans les rayons de plus en plus fournis du «développement personnel»?

(Rires.) Ce livre est parfois l’objet d’un malentendu. Ses ventes en Allemagne s’approchent des 100 000 exemplaires! Tout cela me laisse un peu perplexe, car il s’agit d’un essai exigeant du point de vue philosophique.

Il est facile de le prendre comme un vade-mecum, ou un exemple de la nouvelle tendance un peu suspecte de la «philosophie pratique», cette espèce de consultation existentielle qui devrait remplacer la psychothérapie.

Avec son titre, cet ouvrage peut apparaître très utile dans la guerre des sexes. J’ai eu connaissance de plusieurs couples qui, avant Noël, l’avaient acheté pour s’en faire mutuellement cadeau...

Mais ce malentendu n’est pas négatif. La volonté de chercher du conseil est naturelle. Il faut seulement la canaliser de façon responsable. Et je crois avoir fait un effort assez sérieux dans cette direction.

Quelle a été la réception de l’ouvrage en Allemagne lorsqu’il a été publié en 2009?

Il y a eu moins de conflits qu’avec une bonne partie de mes autres publications. Même mes adversaires ont compris que ce livre-là est un essai sérieux de renouer le dialogue interrompu entre la philosophie et la conscience générale des problèmes du monde actuel.

«Tu dois changer ta vie». De Peter Sloterdijk. Libella-Maren Sell, 700 pages. En librairie dès le 17 février.


Profil

PETER SLOTERDIJK

Né en 1947 à Karlsruhe, où il réside toujours, le philosophe allemand s’est imposé comme une autorité intellectuelle en Europe dès la parution de Critique de la raison cynique en 1983.

Nombre de ses essais ont provoqué de vives polémiques en Allemagne. Esprit encyclopédique, curieux de tout, Peter Sloterdijk s’est notamment formé au tantrisme en Inde. Il est le recteur de la Hochschule für Gestaltung de Karlsruhe.

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Real Estate Resources 09/09/2014 11:48

It is a great book. I used to wonder how our society got the social structure. I mean they are high class, middle class and low class. But it does not make any sense. Every human being is equal. But the government gives priority for the high class all the time.

collignon dit Kohnlili 08/05/2014 11:39


C'est curieux... Vraiment bizarre... Je préfère la recherche individuelle, mais tout m'intéresse...