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Le blog de Christophe Lamoure

ATELIER D'ECRITURE EPICTETE

 

 

  epictete 1

 

 

LES RECETTES DE NOTRE BON ARRIEN

Soufflé au chocolat à la Grecque .

100 g de beurre, 50 g de farine, 100g de sucre, 4 dl de lait, 5 œufs, 140 g de chocolat.

Faire une béchamel avec le lait dans lequel vous aurez mis à fondre le chocolat.
Ajouter les jaunes d'œufs. Battre les blancs en neige très ferme.
Mélanger délicatement à la préparation.
Mettre à cuire à four moyen 35 min. SERVIR AUSSITOT.

Conseils pratiques stoïciens :

- Si vous n'avez pas de chocolat, vous pourrez le remplacer par de la vanille infusée dans le lait.
- Pas de vanille ? Un zeste de citron râpé fera l'affaire.
- Pas de citron ? Aucun ingrédients ? N'entreprenez rien ; vous êtes en plein kaos (désorganisé).
- Votre horoscope vous a prévu une mauvaise conjonction des astres pour aujourd'hui ?
Ne vous détournez pas de votre projet : c'est une occasion pour vous de vous affermir.
Affrontez courageusement votre soufflé !

Votre soufflé devant être à son maximum, pour son plus bel effet, au moment du dessert, sachez que à cause de détails ne dépendants pas de vous, votre soufflé risquera de s'essouffler, ou pire, de retomber !
En effet, malgré votre rigueur dans le minutage de votre repas, il se pourrait que des invités bavards n'avalent pas assez vite le plat de résistance, ou bien qu'ils se resservent, ou bien qu'un fâcheux vous téléphone exactement au milieu du repas, ou tout autre embarras qui ne manque pas de se dresser inopinément dans la vie ordinaire.
Eh bien, ne paniquez pas ! Ne laissez pas retomber votre bonne humeur !
Si vous avez eu la sagesse d'inviter des gens du commun, ils accepteront l'avatar que votre soufflé a subi.
Si vous avez commis l'imprudence d'inviter des philosophes, changez simplement le titre du dessert, qui de" soufflé" s'intitulera " fondant " ou "pavé " selon l'importance du retard.
Et si vraiment, ce délicieux dessert doit vous stresser et abimer votre ataraxie (paix et bonheur intérieurs), répondez positivement à la proposition d'une de vos amies de faire le dessert.
Autre solution" hyper stoïcienne" :
Enfermez-vous dans le silence de votre cuisine ; acceptez la solitude face à votre soufflé ; éteignez votre portable ; et préparez-vous à le déguster seul à sa sortie du four.
Il est beau - Mais ne vous extasiez pas, ne vous gonflez pas de vanité.
Appréciez-le avec piété et modestie.
Un ange débarque inopinément ?
Tant mieux ! Il arrive à point pour partager heureusement ce plein kairos (moment favorable) !

Historique de la recette :
Cette recette a évidemment été remaniée avec le temps afin d'arriver ainsi jusqu'à nous !
A l'époque de notre bon ARRIEN, point de chocolat !
On devait parfumer ce soufflé de liqueur d'hysope, de miel, de raisins de Corinthe, de dattes et de pistaches orientales.
On devait acheter à prix d'or ces ingrédients, à quelques marchands Phéniciens qui sillonnaient la Méditerranée : une véritable galère !
Ensuite, on devait fouetter fermement un esclave, afin qu'il consente à fouetter à son tour vigoureusement les blancs d'œufs ; ils avaient des problèmes avec le personnel !
Il fallait souvent annuler une course de char, une partie de lancer de disque, ou de dés, pour tout l'après-midi.
Il fallait aussi faire les courses en évitant soigneusement l'agora, ou il ne manquait pas de philosophes qui vous faisaient perdre un temps précieux par leurs redoutables invectives et interminables palabres !
Vous comprendrez que la réussite du soufflé était incroyablement hasardeuse à cette époque.
Voilà donc ce qui explique l'origine de la fameuse maxime : "soufflé n'est pas joué", qui est, bien sûr, de notre bon Arrien !

Bon appétit !


Agnès Brives.






Une réflexion, dans le Manuel d 'Epictète, m'a laissé songeuse : «  il faut écouter comme une pierre ».
J'ai imaginé la scène suivante :

Un philosophe vient demander conseil à une pierre : « on me dit qu'il faut écouter comme une pierre, explique-moi ce que cela veut dire ». La pierre perplexe consent à rompre son silence tout stoïcien.

« Il me semble que ma première qualité, sans me vanter, est d'être en harmonie avec mon environnement. Là où tu me vois, je ne peux être ailleurs. T'es-tu jamais demandé qui m'avait mis là ?

Éruption, tremblement, chaos, cours d'eau ou promeneur solitaire... Cela n'intéresse personne et moi encore moins que les autres, je suis là de toute nécessité. Ma place ne dépend pas de moi ; aujourd'hui ici, demain ailleurs, toujours dans le monde dont je suis qu'une partie de l'édifice.

Je suis inscrite aussi dans la durée : le temps présent certes, mais je suis aussi le témoin d'un passé vivant qui imprègne la nature ; de même, je suis garante d'une actuelle éternité : je suis la succession de tous les temps.

Tu diras ...ton enveloppe te limite...oui, et cela affirme ma volonté. Car, de la sorte, elle ne m'échappe en aucune manière, ne me joue pas de tours. J'en suis le maître tout-puissant, le possesseur infini. Je suis le mode d'être par excellence : entière, une, indivisible ; rien autour de moi ne m'appartient hormis mon être.

Tu diras...ton enveloppe est pauvre...oui, et c'est ce qui fait ma richesse, ma pureté, mon authenticité. Je ne suis pas une apparence, un leurre ; ma surface est celle que tu vois, sans surprise. Il y a en moi concordance entre ce que tu vois et ce que tu ne vois pas. Je suis noyau sans fioriture, brut, nu, et pourtant si solide.

Tu diras ...tu ne fais envie à personne...(sauf à l'apprenti grec) non, et je ne fais rien pour me faire admirer et même le contraire, car je peux devenir l'obstacle qu'il faudra gravir. Et je n'en suis que plus convoitée...

Je suis la force incarnée : mon vouloir et mon pouvoir ne font qu'un. Complètement impuissante sur le monde et sur les autres, je suis toute-puissante sur moi-même. Je suis parfaitement ajustée à moi-même. Je suis l'essence même...


Alors le philosophe, pensif, reprenant sa marche, lui lança : es-tu heureuse au moins ?

La pierre resta de marbre et ne répondit rien...


Anne-Marie.






C'est la fin de l'été, je dîne avec des amis. Quelques mots à propos d'un atelier de philosophie qui se tient à Anglet retiennent mon attention. J'y réfléchis les jours suivants. Ma deuxième année de retraitée va commencer et je l'ai axée sur l'étude et l'apprentissage.

J'ai déjà des contacts avec un atelier de dessin et un autre d'informatique. Il m'en manque un troisième. Renseignement pris, il reste une place à l'atelier du samedi à Anglet. C'est un signe, je ferai de la philo.


Une grande table dans une salle claire, nous prenons place autour d'Epictète, esclave philosophe du 1e siècle, sous l'égide de notre professeur. L'atelier se termine, je ressors déconnectée des banalités du quotidien et comme sur un nuage, je conduis ma voiture quand, soudain, un automobiliste me brûle la priorité. En un éclair Epictète, qui occupe déjà sa place dans mon esprit, règle l'affaire.

"Non, tu ne diras rien. As-tu une seule possibilité d'agir sur le comportement de cet individu ? Aucune, la situation ne dépend pas de toi, continue ta route, la paix qui t'a envahie ce matin ne sera en rien perturbée."

Toujours sur mon nuage,je rentre à la maison et relis mes notes.

"Le bonheur, c'est la paix de l'âme, l'absence de trouble, l'ataraxie". Je vais m'imprégner de cela, c'est la sagesse, béni soit Epictète.

Quelques jours plus tard, la pluie se met à tomber. La pluie ne m'a jamais rendue triste (serais-je née stoïcienne ?) mais elle rend beaucoup de monde morose et surtout une des mes amies, M... Je tente un raisonnement philosophique.

- " Réfléchis bien, on ne peut rien contre ça, on n'a aucun moyen d'arrêter la pluie.

- C'est certain, me répond M..., ton philosophe a raison mais..."

Bon me souffle le locataire de mon cerveau, tu aurais aimé qu'elle relativise mais ça non plus ça ne dépend pas de toi. Et comme l'eau de ciel continue de dégringoler, je découvre que j'ai bien du mal à sauvegarder mon ataraxie, quand le soleil qui réapparait met un terme à mon stoïcisme chancelant.


Les samedis passent. Sculpter son âme doit devenir ma préoccupation. Malheureusement le philosophe qui loge là-haut s'absente parfois. Je m'aperçois de son absence après coup. Pourtant je suis bien d'accord avec lui. Il faut que je discerne ce qui dépend de moi de ce qui ne dépend pas de moi

que j'échappe aux fantasias

que je tienne à distance les soucis

que je vive le présent sans complaisance avec moi-même

que je ne sois pas un conducteur de tristesse

que je vive à la place qui est la mienne

que je sache choisir mes combats

que je maîtrise mes émotions

Ah les émotions! Mais Epictète, les plus belles choses qui arrivent sur terre arrivent grâce aux émotions!

L'amour, par exemple, même si ça ne finit pas toujours bien. Vois-tu, cher Epictète, cette émotion-là je suis bien contente de ne pas y avoir échappée...


Denise Mussat-Attanasio (atelier du samedi).





Lui :
Bonsoir chérie, as-tu passé une bonne après-midi ?
Elle :
Tu rigoles, il a flotté toute la journée, j'ai dû annuler mon tennis, j'ai regardé Drucker à la télé, quel dimanche pourri !
Lui :
Tu aurais dû en profiter pour lire “ Epictète pour les nuls “ que je t'ai offert, tu aurais compris qu'il est vain de te plaindre de quelque chose, la pluie et le beau temps, qui ne dépend pas de toi. Tu aurais pu ensuite aller prendre un chocolat chez Miremont avec Maïté et méditer sur la pensée stoïcienne.
Elle :
Un chocolat, tu n'y penses pas, j'ai 3 kilos de trop et je ne sais pas si j'oserai me montrer sur la plage cet été.
Lui :
Quelle vanité : le stoïcien, même débutant, se moque complètement des apparences et de l'opinion des autres ; il ne compte que sur lui même pour accéder au bonheur.
Elle :
Et toi tu es encore tout trempé, tu reviens d'où ?
Lui :
Je suis allé au cercle stoïcien d'Anglet, j'ai travaillé avec mon coach, Christophe ; il m'a dit que je progressais très bien et que, avant l'été, je pourrais accéder au niveau 6 sur l'échelle d' Epictète.
Elle :
Qu'est-ce que tu nous prépares encore ? Tu te rappelles que pour passer au niveau 4 tu as renoncé volontairement au poste de chef de service que ton patron te proposait : c'est cet imbécile de Colin qui a pris le poste et qui est maintenant ton chef.
Lui :
Je devais le faire : on ne peut pas à la fois rechercher la sagesse et courir après un misérable pouvoir sur les hommes. D'accord, je dois suivre les ordres stupides de Colin, mais je n'ai aucun respect pour lui et je suis en paix avec moi-même.
Elle :
Ensuite, pour passer au niveau 5, tu as vendu à ton cercle pour une bouchée de pain la belle maison avec vue sur l'océan que tu avais héritée de tes grands parents. Nous avons dû nous installer dans un immeuble délabré du petit Bayonne.
Lui :
Cette maison était certes agréable, mais son entretien demandait beaucoup de temps et d'argent ce qui me maintenait dans une dépendance infernale. La liberté intérieure ne peut s'atteindre que si on ne perd pas son temps avec des soucis matériels. J'occupe un emploi subalterne, je vis dans un appartement minable, ainsi je commence à me détacher mais je ressens une grande force intérieure ; je suis sur la voie du bonheur.
Elle :
Et mon bonheur à moi, tu y penses parfois ?
Lui :
Justement, j'y arrive : il me reste un gros problème à résoudre pour progresser de façon irréversible vers le niveau 10, celui des grands maitres stoïciens.
Elle :
Quel est ce problème ?
Lui :
Mon problème c'est que je t'aime : j'aime ta beauté, ta présence, ta gentillesse, ton humour, tes caresses. J'aime la vie quotidienne avec toi.
Elle :
Alors où est le problème, moi aussi je t'aime…. malgré le comportement bizarre que tu as depuis que tu fréquentes ta sec...., ton cercle.
Lui :
C'est que ma vie, ma pensée, mon bonheur dépendent beaucoup trop de toi : par mon amour je me suis mis sous ta dépendance totale. Si tu pars ou si tu meurs, je serai détruit. Je ne peux pas continuer à vivre avec ce risque insensé qui me hante : je vais me séparer de toi.
Elle :
Mais tu déraisonnes totalement : en te séparant de moi tu provoques ce que tu redoutais.
Lui :
J'ai enfin pris conscience que je devais payer ce prix pour gagner définitivement ma paix et ma liberté intérieures ; en me séparant de toi, je regagne mon indépendance par un geste qui dépend de moi et qui me rendra fort comme un roc.
Elle :
C'est vrai que l'amour durable dans le couple est fondé sur la dépendance, mais cette dépendance est mutuelle : ton bonheur dépend de moi, mon bonheur dépend de toi. Notre bonheur dépend de nous deux et seulement de nous deux : on pourrait dire que en couple nous sommes stoïciens.
Lui :
Non, Epictète est formel : “ Quiconque veut être libre ne doit ni vouloir ni refuser quoi que ce soit des choses qui dépendent des autres. Sinon il est nécessaire qu'il soit esclave.“
Elle :
Quel gâchis. As-tu pensé à ce que j'allais devenir ?
Lui :
Fais comme moi, recherche ton bonheur par toi-même et pour toi- même. Je te ferai admettre au cercle et dans quelques mois tu comprendras mieux ma démarche et nous pourrons transformer notre ancien amour aliénant en une belle amitié stoïcienne.
Elle :
Pas question de faire un pas vers ton stoïcisme maudit. Je vais continuer à râler contre la pluie, perdre mes 3 kilos et demander une augmentation à mon patron. Je vais aussi chercher du réconfort en m'inscrivant a ce club épicurien bayonnais dont Michel m'a parlé l'autre jour.

          Michel LAUNAY (atelier du jeudi).





Atelier de lecture et d’écriture philosophiques


A propos du Manuel d’Epictète




Il est mort à l’âge de 21 ans.

Suicide.

Ce n’était pas mon fils mais il était de ma famille, si proche …


Depuis, j’ai souvent, dans ma main droite, un petit recueil, un recueil de poésie.

Je lis et relis, inlassablement, le poème que François de Malherbe écrivit à son ami, Monsieur Du Périer, en 1598, pour le consoler de la mort de sa fille.


Aujourd’hui, dans ma main gauche, je tiens un manuel, un manuel de philosophie. Celui d’Epictète.

Je lis et relis, inlassablement, ce que le philosophe dit de la mort.


Quand la poésie et la philosophie jouent harmonieusement cette partition stoïcienne à deux voix, j’entends de mieux en mieux, derrière la mort, la petite musique de la vie.



Nul besoin de longs commentaires, juste écouter ce duo qui, au-delà du temps et de l’espace, nous permet de penser plus juste et d’apaiser la souffrance.


Epictète, à gauche :


Il y a des choses qui dépendent de nous, il y en a d’autres qui n’en dépendent pas.

Si tu as de l’aversion pour la mort, tu seras malheureux.

Si tu veux que tes enfants vivent toujours, tu es un sot.

Quelqu’un perd-il son fils ? Il n’est personne qui ne dise «  C’est dans l’ordre humain ». Mais quand on fait cette perte soi-même, aussitôt on dit « Hélas ! infortuné que je suis ! » Il faudrait se souvenir de ce qu’on éprouvait à l’annonce du même événement survenu chez les autres.

François de Malherbe, à droite :

Ta douleur, Du Périer, sera donc éternelle,

Et les tristes discours

Que te met en l’esprit l’amitié paternelle

L’augmenteront toujours ?


Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas,

Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

Ne se retrouve pas ?


Epictète, à gauche :


Lorsque tu vois un homme qui gémit dans le deuil, prends garde de te laisser emporter par l’idée que les maux dont il souffre lui viennent du dehors.

Mais sois prêt à dire aussitôt : « ce qui l’afflige ce n’est point ce qui arrive, car un autre n’en est pas affligé ; mais c’est le jugement qu’il porte sur cet événement ».

N’hésite donc, même par la parole, à lui témoigner de la sympathie, et même, si l’occasion s’en présente, à gémir avec lui. Mais néanmoins prends garde de ne point aussi gémir du fond de l’âme.


François de Malherbe, à droite :


Je sais de quels appas son enfance était pleine,

Et n’ai pas entrepris,

Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.


Mais elle était du monde, où les plus belles choses

Ont le pire destin,

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,

L’espace d’un matin.



*****



Participation à l’atelier d’écriture

Mireille

13.03.09









Une course en montagne en haute Savoie



La première et la plus importante est que nous méprisions les choses qui ne dépendent pas de nous et que notre attention se porte à cultiver le gouvernement de nous-même et rien d’autre.



Je progresse lentement en direction du Pic grand bec, un pas après l’autre, seule dans une nature grandiose et enveloppante.

Mes trois compagnons sont quelques mètres plus bas. Robert, notre guide, ferme la marche.

Chacun est seul et semble perdu dans ses pensées.

- Le choix de la course, qui en a décidé ?

- Pas moi.

La marche d’approche est longue et pénible, mon sac pèse, il fait chaud. Trois heures passent, toujours pas de refuge en vue, je sens mon esprit, sorti de mon corps robotisé qui dialogue avec lui :

- «Qu’est-ce que tu viens faire dans cette bavante ? Les autres sont plus entraînés, ils sont plus résistants, ils souffrent moins... tu as mal aux épaules, tu as soif...

- Oui, mais voilà j’étais consentante, je ne puis m’en prendre à notre équipe, ni les accuser de mes maux, ni me plaindre. Il faut avancer, garder le silence, ne rien laisser paraître.



Intérieurement je peste contre ce guide, j’envie les autres, mon courage s’effrite, je suis sur le point de basculer.

- Si je redescendais ?

- Non impossible, il faut résister, tenir, même si les événements n’arrivent pas comme je le souhaiterais ou comme je l’avais imaginé.

- Je me couche.

- Une bonne nuit et le calme reviendra peut être ?

Quatre heures du matin, nous repartons, mon esprit dans un demi-sommeil vagabonde toujours. Il fait nuit, nous progressons lentement. Tout à coup, nous butons contre un mur vertical, l’aube pointe. Ici l’obstacle est sérieux : il faut s’encorder. La peur me saisit au ventre, jamais je n’ai escaladé de paroi aussi raide et longue.

Il faut raison garder, arrivera ce qui doit arriver, je me lance, la hauteur des enjambées entre les points d’accroche est un obstacle pour ma taille mais pas pour ma volonté. Surtout ne pas regarder plus bas, avancer toujours. Tant bien que mal, je passe.

Arrivés au sommet, épuisés, nous mangeons un bout sur le glacier et, au moment de repartir, Robert dit :
- La petite (c’est-à-dire moi) va passer devant pour tester les ponts de neige entre les crevasses.
Nouvelle frayeur immédiate : comment vaincre mes démons intérieurs ? C’est une nouvelle mise à l’épreuve.
J’accepte, ainsi que le destin qui l’accompagne, qui n’est pas de mon ressort. Je ne peux me laisser troubler par une opinion ou des dires : le risque n’est peut être pas si grand.
Ainsi déchargée de mon inquiétude, je franchis les ponts de neige.

La course se termine, je suis heureuse d’avoir eu le courage de vaincre.

Dans un paysage alpestre d’une immense beauté, je me surprends à penser à mon bonheur :

« il dépend de moi en effet de bien jouer le personnage qui m’est donné et d’avoir le courage de vaincre mais le choisir appartient à un autre ».

A travers ce court récit d’une situation vécue, où est le problème ? J’étais bien d’accord pour faire cette course, c’était mon choix d’y participer, mais le programme ne dépendait pas de moi.

Pouvais-je m’en prendre à mes compagnons de route ? à la difficulté de la course, à la fatigue, à la souffrance, à la peur, à la chaleur, au guide etc.

Seul dépendait de moi le contrôle des pensées négatives qui m’envahissaient, que je maîtrisais difficilement, jamais spontanément, c’était un réel combat.

C’est ainsi que j’ai trouvé EPICTETE assis sur le chemin.

Vertigo.





J’ai fait un rêve.


Hier soir, je me suis couché avec cette image en tête : je suis dans une salle de spectacle. Je suis assis au milieu de la salle parmi d’autres spectateurs.

Le rideau est rouge, les fauteuils sont en velours rouge.

Le rideau se lève.


Il fait nuit, pas un bruit, un calme absolu.

Driiiiiing, driiiiiing la sonnerie stridente du réveil m’arrache des bras de Morphée.

Tel un automate je me lève.


Dehors il pleut…….il fait encore nuit….temps de chien.


A peine ai-je eue cette réflexion que je me mis à sourire en me disant qu’après tout râler après cette pluie n’y changerait pas grand-chose.


Je dois aller travailler, prendre le bus. Il sera très certainement bondé, comme tous les jours.


J’attends le bus. Il pleut toujours.


Le voilà. Je monte. Il est bondé naturellement.

Debout, coincé, au milieu d’autres personnes, j’observe un peu les passagers ; pas beaucoup de sourires, des visages, des gens….


Coup de frein brutal ! Déséquilibré, je bouscule mon voisin. Je bredouille quelques excuses mais sa réaction est vive : il m’agresse verbalement, il me reproche de ne m’être pas tenu quelque part, d’être inattentif, bref d’être bête.


Mais qui a coupé le son ? Je ne l’entends plus. Je le vois s’agiter mais je ne l’entends plus. Je réfléchis rapidement à cette situation et curieusement au lieu de me mettre en colère moi aussi, je me sens tout calme. Je ne lui donne pas raison mais, (il doit s’être levé du « mauvais pied »), et je me surprenais non pas à excuser son comportement mais à me dire que cette situation devait arriver, j’avais anticipé ce risque : gens acariâtres dans les transports en commun….. !


J’arrive au bureau.

Zut, mon chef, un « vachard » m’interpelle et me signale avec toute la diplomatie dont il sait faire preuve que mes résultats commerciaux ne sont pas à la hauteur de ses espérances…..

Stress quotidien…..

Il m’est difficile de lui trouver quelque sympathie pourtant il fait partie de mon environnement professionnel. Lui et moi, jouons nos rôles respectifs. Que je le joue donc de la meilleure façon sans ajouter de crainte, d’amertume, ou de rancœur ; sentiments inutiles.

Mon stress diminue.

Le « vachard » doit avoir, lui aussi, ses problèmes…


Passerais-je mon temps à trouver des excuses à autrui ?

Indulgence, tolérance, certes mais à utiliser comme des épices pour relever un plat……

Je ne sais pas. Pourtant cette attitude désamorce les conflits, les tensions en ramenant à leur juste valeur les événements.

Relativiser !

Grand mot. Il y a toujours quelque chose de plus important ou de plus grave que ces situations.


La journée se termine. Il refait déjà nuit. Il ne pleut plus.


Le bus arrive. Il est toujours bondé……

Mêmes visages, un peu plus blancs, ou gris, que ce matin…

Tiens ! Mon voisin « agité » de ce matin.

Il est là, accroché des deux mains à la barre de l’autobus.

On se regarde…

On s’est regardé…

S’est-on vu ?


J’arrive à destination, chez moi.


Je regarde les informations à la télévision.

Nos gouvernants ont décrété, pour notre bien, la suppression de la couleur rouge.

Ça alors, j’aime bien le rouge.

Ils nous expliquent que la disparition de cette couleur sera profitable à tous……

Ils ajoutent qu’il faudra se plier et obéir à cette nouvelle loi sous peine de sanctions.


Ils peuvent toujours décréter l’interdiction de cette couleur, ils ne m’empêcheront pas de la cultiver dans ma tête. Contre ça ils ne peuvent rien.

Je suis libre d’avoir ma pensée rouge…….et……….


Driiiiiiing, driiiiiiiiing le réveil sonne.

Où suis-je ? Quel jour est-on ?

Bon sang, j’ai rêvé !

Je dois me lever, me dépêcher, prendre le bus, aller au boulot, réunion avec « vachard ».


Penser ? Pas le temps aujourd’hui, demain peut-être…..


Le rideau se ferme………….. !






Trois histoires de voiture, selon les principes d’EPICTETE.



Je roulais tranquillement sur une route dégagée, lorsque mon moteur se mit à avoir des ratés, puis l’accélérateur ne répondit plus, je freinais par prudence et m’arrêtais sur le bas-côté de la route. Celle-ci était déserte avec peu de circulation…Je n’entends rien à la mécanique et surtout à l’électronique, ma voiture étant équipée de la direction automatique, je ne me risquais pas à ouvrir le capot… Perplexe, je descendis et après avoir constaté que les pneus étaient en bon état, sans m’énerver, je réfléchis à la façon de me sortir de cette situation … J’étais en pleine campagne, le village le plus proche se trouvait à plusieurs kilomètres que je n’envisageais pas de faire à pied…J’entendis bientôt une voiture arriver et lui fit signe de s’arrêter, mais elle passa sans freiner et disparu… Le désappointement me fit ressentir une vive indignation, mais, sachant que cela n’aurait aucun effet sur les circonstances présentes, je

me détendis et réfléchis à ce qui était à ma portée et je me souvins que j’avais mon téléphone portable…Mais je ne connaissais aucun numéro de garagiste à appeler à mon secours…Il me restait une liste de numéros de personnes de ma famille, mais tous se trouvaient à une certaine distance, et je craignais d’avoir à les déranger dans leur travail ou occupations…Cependant, me disais-je, ils pourraient de leur côté, m’envoyer un dépanneur à condition que je sache leur indiquer l’endroit où je me trouvais, or, je ne voyais aucun panneau depuis les dernières agglomérations que j’avais traversées sans en retenir le nom…Comment me situer sinon sur un grand axe que j’avais traversé, mais à combien de kilomètres de là où je me trouvais, je n’en avais aucune idée, ni du chemin parcouru à partir de cette route à grande circulation…Le repérage devenait plus délicat ! Je n’avais pas de rendez-vous précis et personne ne m’attendait…Comment m’en sortir ? La panique commençait à me gagner ! Résolument, je m’assis dans ma voiture et attendis que mon anxiété se calma …Il était évident que d’autres voitures allaient passer : il était une heure où la circulation était encore normale… Je n’eus pas à attendre très longtemps, en effet, et la voiture suivante ralentis et me proposa de l’aide, enfin ! L’homme qui était à bord, une fois au courant de la panne, ne sachant pas plus que moi comment la réparer, me promis d’aller alerter le prochain garagiste…ce qu’il ne manqua pas de faire, et je vis arriver la voiture de dépannage près d’une heure après, alors que je recommençais à m’inquiéter…Mais les leçons d’Epictète étaient présentes à mon esprit qui restait calme, quasiment fataliste, sachant qu’aucune situation n’est jamais désespérée, et bénissant le Samaritain qui m’avait porté secours !... 


Une injustice.


C’est une autre histoire de voiture, mais avec de surcroît, un intervenant d’assez mauvaise foi…J’étais à un péage et je n’avais pas de monnaie à portée de main ; mon sac était en bandoulière et coincé par la ceinture de sécurité. Je la détache pour ouvrir mon sac et atteindre ma carte de payement, et, craignant que la barre ne retombe avant mon passage, je passe au ralenti et continue tout doucement pour ne pas bloquer la circulation et remettre en place mon sac avant de raccrocher ma ceinture…Je vois des gendarmes sur le bord de la route qui me font signe d’approcher. J’obtempère avec le sourire, croyant à un contrôle d’identité…L’un d’eux s’approche et me donne l’ordre de me ranger sur le côté, ce que je fais aussitôt…Il s’approche et comme d’habitude, il me demande les papiers du véhicule que je lui fournis…Après les avoir regardés, il me demande de me ranger plus avant et de descendre de la voiture, tout en emportant mes papiers…Intriguée, je le suis : il me fait monter dans un fourgonnette de la police et il sort son carnet pour me verbaliser ! Surprise, je lui en demande la raison, et il me répond : « Vous n’aviez pas votre ceinture de sécurité et vous bloquiez la circulation »…Suffoquée, je tente de lui expliquer mon cas, mais il n’écoute pas et commence à griffonner son carnet d’amendes…J’essaye de parlementer et lorsqu’il me dit que cela me coûtera 90 euros et deux points de permis, je demande à voir son supérieur hiérarchique puisqu’il prétend suivre les ordres de celui-ci, qui entre temps, avait disparu comme par enchantement ! Sous la menace de payer plus cher encore si je refuse de signer, je signe et me soumets…Mais l’affaire me semblant assez caractéristique d’un comportement contraire à l’idée que j’avais de la police, j’écris à la Ministre de l’Intérieur du moment, que je connaissais, pour lui expliquer l’affaire qui nuisait, à mon avis, à l’estime du citoyen pour l’ordre public à travers le personnel d’Etat…C’est une secrétaire qui me répond …en ayant pris ses renseignements auprès du commissariat de la région…qui naturellement n’a pas désavoué son employé …La secrétaire, mettant son zèle en jeu, pense me réconforter en me disant que j’ai eu de la chance de n’avoir pas plus cher à payer !!! Je ne connaissais pas encore Epictète à l’époque, sinon je n’aurais pas eu tant de peine à laisser tomber toute intervention inutile… et à oublier cette injustice qui ne dépendait pas de moi…


Encore une autre histoire de voiture : je voulais sortir d’une place de parking,et reculait tout doucement sans apercevoir une autre voiture qui cherchait à se garer à ma place et qui avançait au ralenti…Nos voitures se heurtèrent légèrement et je stoppais aussitôt et descendit de voiture pour constater les dégâts éventuels, lorsque je vis une femme âgée sortir de l’autre voiture comme une furie et m’invectiver tout en caressant l’avant de sa vieille guimbarde rouillée qui ne pouvait avoir davantage de cabosses depuis longtemps !...Je ne vis même pas la fente que ce choc au ralenti avait occasionné sur ma propre voiture au pare-choc plastifié, et je tentais de la calmer, prête à m’excuser …mais ce fut elle qui m’ordonna de « foutre » le camp, alors que les torts étaient partagés…Mais, à cette occasion, le comportement recommandé par Epictète me revint en mémoire et je remontais tranquillement dans ma voiture et repartis, sans tenter un constat à l’amiable qui aurait été difficile avec cette personne déraisonnable.


Thérèse L.






DIALOGUE 2 - EPICTETE – ARRIEN


( Lire d'abord DIALOGUE 1 entre ELLE et LUI )


ARRIEN – Salut maître, je viens te rendre compte de ma mission de visite dans les écoles de stoïcisme. Tu sais que près de 2000 ans après sa publication, mon petit Manuel se vend encore très bien et que...


EPICTETE – Comment TON petit Manuel, c'est quand même bien ma pensée que tu as tenté de traduire en principes et en règles de vie !


ARR- D'accord …. Donc la philosophie est à la mode et en particulier celle des « Anciens ». Mais les gens du 21 ème siècle sont assez paresseux et superficiels, ils se contentent de lire trop rapidement nos textes et de les utiliser pour se bricoler une philosophie sommaire.


EPI- J'enragerai si je n'étais pas stoïcien, mais donne-moi donc des exemples de ces détournements de pensée.


ARR – Je commence par une histoire qu'on raconte au EPICTETE's Center de Paris , c'est un dialogue entre Nicolas et Carla :

Nicolas : Tu sais Carla, j'ai trouvé dans ta bibliothèque le Manuel d'Epictète, je l'ai dévoré et j'ai trouvé ça formidable. Je me suis reconnu ; ainsi en plus de tout le reste je suis un très grand stoïcien.

Carla : J'ai fréquenté des philosophes et ils m'ont enseigné que le stoïcisme était une école de rigueur et de sagesse qui conduisait à une grande maîtrise de ses émotions et à une humilité authentique. Malgré toute l'affection que j'ai pour toi je ne te reconnais pas là.

Nicolas : Ben voyons Carla, la clé donnée par le Manuel c'est de savoir faire la distinction entre ce qui dépend de toi et ce qui ne dépend pas de toi. Et bien pour moi rien de plus facile : en France tout dépend de moi.


EPI – C'est consternant en effet, mais ne crois-tu pas que c'est un peu de ta faute ? Dans ta rédaction du Manuel, tu as insisté trop lourdement sur cette formule qui ressemble à un slogan publicitaire : « ce qui dépend de toi, ce qui ne dépend pas de toi ». Les esprits superficiels appliquent cela comme une recette de cuisine au lieu de réfléchir. Mais continue de me raconter ta mission.


ARR- Au Cercle stoïcien d'Anglet, j'ai rencontré un militant qui connaissait tous tes textes par cœur, il m'a annoncé triomphalement que pour suivre ton enseignement il venait de rejeter la femme qu'il aimait parce qu'il ne voulait pas lui devoir son bonheur.


EPI – Quelle trahison de mon enseignement ! Je n'ai jamais dit qu'il fallait se couper des autres et construire son petit bonheur étriqué dans son coin. J'ai dit haut et fort qu'il fallait en premier compter sur ses propres forces, sans pleurnicher sur son sort ni regarder dans l'assiette de son voisin. J'ai dit aussi qu'il fallait jouer le mieux possible le rôle qui nous était assigné dans le monde et dans la cité.


ARR- A la décharge de cet angloy qui me semblait être de bonne volonté, je dois avouer que le Manuel est assez peu explicite sur le couple et qu'une lecture superficielle peut laisser croire qu'il y a contradiction entre la recherche d'une sagesse personnelle et les contraintes de la vie de famille.


EPI –Il est vrai que quand tu as rédigé le paragraphe sur l'amour et le mariage, tu étais amoureux du beau Leonidas et, ne te sentant pas concerné, tu as un peu bâclé le texte. Je crois que nous devons compléter le paragraphe 33.8.

Bon, comme d'habitude, je donne les idées et tu mets en forme. En premier lieu, il faut faire passer l'idée que la nature qui est bonne a besoin que les hommes se reproduisent pour assurer sa pérennité.


ARR- J'écris : « Le destin de la majorité des hommes est de se marier et d'avoir des enfants afin de satisfaire le projet de la nature ».


EPI – Ensuite il faut bien expliquer qu'un couple ne doit pas être la fusion d'un homme et d'une femme qui se perdent ensemble dans une passion amoureuse : c'est une union entre deux personnes maîtresses d'elles-mêmes qui font ensemble un projet de vie. Allez, fais que cela soit bien clair pour nos jeunes gens.


ARR- « Tu dois te méfier des femmes trop belles et trop sensuelles qui te feront perdre la maîtrise de ton corps et de ton âme. Accorde-toi avec une femme autonome et responsable avec laquelle tu pourras contracter un engagement durable.»


EPI – Tu n'as pas une petite métaphore pour illustrer cela.


ARR- Essayons : « Le char du couple durable est tiré en avant par les chevaux de l'amour et guidé de quatre mains fermes par les rênes de la raison ».


EPI- Joli, bien qu'un peu pompier. Bon continuons ; il faut enfin bien affirmer que tout projet humain est fragile et que si un membre du couple venait à disparaître …


ARR- Tu ne crois pas qu'on a déjà assez développé ce thème, rappelle-toi l'histoire de la marmite cassée … Enfin si tu y tiens, j'ajouterai : « Dis tous les jours à ta femme : notre couple est heureux et prospère et il dépend de chacun de nous que cette situation continue. Cependant l'un de nous deux peut mourir à tout moment ; celui qui reste ne devra pas considérer que sa vie est terminée ; il trouvera au fond de son âme l'énergie pour poursuivre le chemin qui est le sien ».


EPI – Bon tu enverras rapidement une copie de la nouvelle rédaction à ton interlocuteur angloy pour qu'il reprenne le bon chemin. Maintenant, poursuis ton récit.


Michel Launay (atelier du jeudi).





« LA CRISE » SELON EPICTETE





J'ai 25 ans, mes diplômes, je ne trouve pas de travail !



Les employeurs me disent:

« Dans la conjoncture actuelle, sans expérience, vous n'avez aucune chance : voyez par vous-même, les entreprises ferment, les faillites se multiplient, en plus le secteur qui vous intéresse est un des plus touché. Vous devriez essayer l'interim ou les supermarchés, ils embauchent encore un peu. ou alors, pensez à vous reconvertir, faites d'autres études ».

Me reconvertir, alors que je viens tout juste d'avoir mon diplôme, celui dont je rêvais depuis toujours. Non, ça je ne le veux pas.

Mes parents me regardent avec compassion et me disent :

« Ma pauvre fille! Tu n'as vraiment pas de chance !!! Mais ne t'inquiète pas, nous serons toujours là pour toi, nous t'aiderons tant que nous le pourrons ».

Mais je ne veux pas rester chez eux, je veux mon appartement, mon indépendance.

Mon copain me dit:

« Attendons la fin de la « crise », nous sommes très bien dans nos familles respectives, nous pouvons toujours enchaîner des « petits boulots » pour payer nos loisirs ».

Je ne veux pas de « petits boulots », je veux faire le travail que j'aime, celui pour lequel je suis faite, et je veux gagner ma vie, me sentir libre.



********************



C'est dans cet état d'esprit que mon regard est attiré par un tout petit livre qui est resté là, depuis longtemps, sans doute depuis la classe terminale, sur une étagère de ma chambre.

Je me suis mise à le lire ou plutôt à le relire mais cette fois, le livre me parle ; c'est comme s’il avait été écrit pour moi à ce moment où ma vie de jeune adulte semble s'ouvrir sous les plus néfastes auspices.

Au fur et à mesure que j'avance dans ma lecture, je me sens emportée dan un vrai dialogue avec Epictète .

Le philosophe après 2000 ans semble être revenu, pour m'aider à décider, par moi-même, de mon avenir sans me soucier des avis extérieurs. Il m'enseigne, je l'interroge :

- Le premier précepte que tu dois respecter , me dit Epictète est :

Distingue dans ta vie ce qui dépend de toi de ce qui ne dépend pas de toi.



-Ce qu'ils appellent « la crise » ne dépend pas de moi, je n'ai aucune responsabilité dans ce qui arrive.

-Approfondis : ce qui dépend de toi, ce n'est pas l'évènement ; c'est le sens que tu lui donnes, ce qui dépend de toi, c'est ton désir, ton jugement et l'impulsion que tu donneras à l'action.

-Le désir, je l'ai, je veux être libre, je veux une vie indépendante, affranchie de ma famille et pratiquer le métier pour lequel je me suis préparée dès l'enfance.

-Je ne te parle pas de ce désir là, je te parle du désir d'accepter l'évènement, tel qu'il se présente.

Tu termines des études longues, difficiles et au moment de rentrer sur le marché du travail, le monde est en déroute !!! désire ce qui arrive, n'aies pas de doute, consens. Tu as en toi la force de combattre. Cette force est dans l'acceptation complète et sans aucune arrière-pensée de ce que tu appelles « la crise ».

-Alors que le monde entier semble être d'accord pour me persuader que j'arrive au mauvais moment, tu me dis que je dois considérer cette période comme la meilleure qui soit pour entrer dans la vie professionnelle et de m'en réjouir ?

- Oui, tu es là, à ce moment-là, sois contente c'est maintenant que tu dois t'accomplir, à aucun autre.

- D'accord pour le désir, je saisis ce que tu veux dire mais qu'en est-il du jugement ? Tous les journaux, les radios, la télévision ne parlent que de la « crise », des économies à faire, de la faillite nationale. Dois-je avoir un autre jugement que l'ensemble des médias qui sont beaucoup plus qualifiés que moi pour parler de ces choses là ?

-N'es-tu pas trop réceptive à toutes ces informations ? Sais-tu de qui elles proviennent et dans quel but elles sont ressassées inlassablement par les médias ? Les médias eux-mêmes sont-ils bien informés ? Quel est le pourcentage de vérité dans tout ce qui est dit ? Etc....etc.....

- Tu veux dire que ces informations sont fausses, que je suis manipulée ?

- Je dis qu'il dépend de toi d'accepter ou non cette représentation du futur. Un futur triste et morose sans espoir de réalisation personnelle. Ne t'a-t-on pas proposé de postuler pour n'importe quel emploi, de prendre le premier qui se présentera à toi sans condition ni d'horaires ni de salaire ? Pour moi, ancien esclave, ces conditions d'existence se rapprochent de celles que j'ai connues. Juges si cela convient ou non à la personne que tu es.

-Non, cette représentation du futur n'est pas pour moi, elle ne me concerne pas. Je n'ai aucun goût pour le sacrifice, d'autant plus que je ne me sens pas responsable de la folie qui s'est emparée des hommes pour les précipiter dans cette catastrophe financière.

-C'est pour cela que je te dis : sois indifférente, ne te laisse pas perturber par ce qui est dit. Tu es responsable de la représentation que tu te fais de la « crise », pas de la « crise », souviens-toi :

« si tu crois que les choses qui te sont étrangères sont à toi, tu feras des reproches aux dieux et aux hommes ». Vois-tu, il y a trois façons d'aborder le problème :

En non philosophe : tu accuses les chefs d'états, les financiers, le monde en général, parce que tu refuses de distinguer entre ce qui dépend de toi de ce qui ne dépend pas de toi.

En postulant philosophe: tu t'accuses d'avoir commis des erreurs de jugement, tu penses que tu aurais pu mieux voter, mieux faire, mieux te renseigner, tu es troublée, incertaine.

En philosophe : tu n'accuses personne parce que ce n'est pas ton problème, tu ne t'accuses pas parce que tu sais que tu n'y peux rien. Tu n'as pas peur, car tu es en accord avec toi-même, ton jugement est droit.

-Bien, j'ai compris pour le désir et pour le jugement ; il reste l'impulsion à l'action : qu'entends-tu par là?

-C'est se juger digne de vivre en adulte, se souvenir que c'est maintenant qu'a lieu le combat, que c'est maintenant que les jeux olympiques se déroulent et qu'il n'est plus temps de reculer ni d'être anéanti. C'est accomplir le rôle qui nous est attribué au bon moment et à sa juste mesure.

-Ok Epictète et merci, je n'oublierai pas. Rien entreprendre sans consulter mon principe directeur. Prendre la direction que je juge la meilleure, pour moi, après en avoir analysé tous les points négatifs. Assumer le rôle qui m'est attribué dans la vie : ni celui du dessus, ni celui du dessous.

Je le sens, un travail m'attend, celui qui est fait pour moi, quoiqu'ils en disent.



Je crois l'avoir entendu me dire : Bonne chance ! Mais je n'en suis pas sûre.



Mikela (atelier du mardi).





Un mardi soir après l'atelier philo


Quand je sors de notre rendez-vous, le mardi soir, je me sens bien, très bien même. Pourquoi cela ?

Ces deux heures de partage, de découverte du Manuel d'Epictète m'enchantent et me nourrissent.

Plus étonnant, encore : j'ai envie d'écrire, même si cela m'est difficile.

Nos rencontres me permettent de «toucher du doigt» des vérités simples et évidentes, une fois énoncées et discutées.


Par l'exercice de l'écriture, je m'expose au regard des autres et à moi-même.

«Connais toi toi-même ...» accepte tes imperfections pour mieux les dépasser.

Je sais que je grandis, grâce à cet effort, grâce à cette introspection.


Ce soir, je pense à ma famille, que je n'ai pas choisie.

Qu'est ce qui dépend de moi, dans cette relation ?

Alors, je réfléchis à ce que je peux lui donner et comment le faire au mieux , quelle que soit son attitude envers moi.

Je n'ai pas choisi ma naissance, ni mon physique, ni mon capital génétique, mais il me faut apprendre à dompter ce corps et cette âme. Voilà ma destinée !

Le programme est lancé, à moi de m'aventurer, de m'impliquer».

A moi de m'engager, non pas aveuglément, mais en cherchant ce qui m'est bénéfique, ce qui m'épanouit, ce qui me convient.

Mais comment réaliser cela ?

En me faisant confiance, car je peux sentir et ressentir les signaux de mon corps, comme ceux de mon intériorité.

Ainsi : Etre ce que je suis, peu importe le regard de l'autre.

Si je ne suis pas fière de ce que je fais, je m'interroge.

Mes actes sont-ils justes ?

Faire et agir dans la lumière : ne pas me cacher.

Cela m'aide à rester sur le chemin de la droiture morale. Ce chemin, je le cherche, il est comme un tuteur, il est mon guide.

Me faire confiance, car j'ai fait le choix de suivre une voie, qui tend à ma propre amélioration, tout en sachant que c'est une ligne de conduite.

Qu'il me faut au quotidien m'entrainer, m'appliquer à faire ces petites choses, ces petits pas, qui paraissent si infimes, mais non dénués de sens.


Renoncer à un plaisir, mais pourquoi ?

La vie est parsemée d'embûches, j'aimerais me faire plaisir et combler mes désirs, Cela est humain. Cela me réconforte un peu et m'aide tout simplement à vivre.

Non, de cette façon là, je ne peux trouver l'équilibre, car les désirs sont enchainés les uns aux autres, dans un puits sans fond.

Ils sont illimités, comme mon imagination.

Je saisis un instant, que ce bonheur tant recherché ne réside pas dans cette soif inassouvie d'un ailleurs, d'un «toujours plus».


Pour apprendre à dompter l'être, pour apprendre la maitrise de soi, il ne s'agit pas de se priver, mais de faire un choix, un choix de vie.

Je préfère donc découvrir ce mode de vie, cet apprentissage du détachement, vis à vis de ce qui ne dépend pas de moi et pour ce faire : apprendre «le bien juger», sans oublier le dépassement de soi.

Je peux accepter l'épreuve, pour mieux la vivre et en faire un lieu d'expérience et d'échanges.

Le fait d'être conscient de soi, de pouvoir agir sur son âme et de ne pas se laisser guider aveuglément par ses tourments est une source de satisfaction et de sérénité.

Faire un choix n'est donc pas une privation, mais une possibilité de calmer en soi ses désirs. Cela procure un bien-être intérieur.

N'est ce pas cela le bonheur ?

Ce bonheur si délicat à définir, si difficile à atteindre, est intouchable, lorsqu'il ne dépend pas de moi.

Alors, je réalise que tout est en moi, je le découvre, au fur et à mesure que j'explore ces capacités d'agir dans ma vie, dans ce rôle qui m'est donné, dans ce costume qui me sied bien.

J'en prends la mesure. Lorsque je veux le «troquer» contre un costume qui n'est pas à ma taille, je ne me retrouve pas, je suis gauche et mal à l'aise.

Alors, mon corps, grâce aux cinq sens et à leurs limites, me rappelle à l'ordre, afin d'aider la raison à trouver sa voie.

Tout est ordonné dans ce monde.

Tout a un sens, il y a une réponse à chaque besoin.

A l'écoute de ce corps, je peux adapter mes comportements face à mes désirs. Prendre conscience que je dépasse mes propres limites. Cela m'aide à trouver l'équilibre.


Je suis seule à savoir : ce qui est bon à dépasser, ce qui me satisfait.

Il n'est donc pas utile d'en faire part aux autres.

Mais dans le silence de ma réflexion, je peux mesurer le chemin accompli.

Cela me donne la force de continuer à avancer sur cette voie, où je fais des rencontres, qui me poussent à aller plus loin.

Le quotidien me propose des exercices. De tous petits «challenges» sont à ma portée. C'est là, ici et maintenant, que je peux m'entrainer. Je n'attends plus.


Anne



A PROPOS D’EPICTETE !

 

(Références tirées de la traduction du « Manuel d’Epictète » (composé par Arrien) de Pierre Hadot, Livre de Poche, 2007).

 

Samedi, je me rends à une conférence de Connaissance du Monde sur le Québec. J’ai aimé ce pays et j'ai envie d’y retrouver ce que j’y ai connu au cours d’une tournée de chorale, il y a quelques années. Cela semble simple, et pourtant ! C’était sans compter sur le fait de trouver un parking archi plein en ce jour de match de l’Aviron Bayonnais… et de braderie… à Bayonne ! Je tourne en vain avec d’autres. Vais-je renoncer ? Je repense alors à ce dont Christophe nous a parlé ce matin en philo à propos du travail d’écriture  « trouver une situation concrète qui permet d’illustrer les principes de conduite d’Epictète ». Ça tombe bien !

Me revient alors à l’esprit ce passage : « lorsque tu es sur le point d’entreprendre une action, examine les choses qui viennent avant elle et celles qui la suivent…sinon au début tu l’entreprendras avec enthousiasme… mais après, lorsque les désagréments apparaîtront, tu y renonceras… » (p. 203, § 29-1).

Et alors je me recentre sur ce qui est essentiel à mon « bonheur » maintenant, la « vraie chose » pour moi aujourd’hui qui est d’assister à cette conférence ; donc je finis par trouver une place pour me garer devant le  cinéma et entre dans la salle. Je m’installe, personne devant moi, c’est parfait ! Arrive un couple qui se met juste devant moi. Je me dis qu’ils auraient pu se décaler pour éviter de me boucher en partie la vue alors qu’il y a des places partout car, comme nous le dira le conférencier, beaucoup de personnes ont renoncé devant la difficulté de se garer et sont reparties. Puis j’observe à côté de moi deux jeunes filles en train de se partager un menu qui me paraît bien peu diététique fait de gâteaux, Mars, etc. !

Je prends alors conscience de mon regard peu indulgent sur mon entourage, probablement la conséquence de l’épisode contrariant du parking. Alors, retour à Epictète et deux autres préceptes me viennent à l’esprit :

L’un relatif au « secret du bonheur » : « souviens-toi donc que ce qui t’outrage, ce n’est ni celui qui t’injurie ni celui qui te frappe, mais ton jugement qui te fait penser que ces choses t’outragent. Donc quand quelqu’un t’irrite, sache que c’est ton jugement de valeur qui t’irrite. Par suite commence par t’exercer à ne pas te laisser entraîner par ta représentation. Car une fois que tu auras gagné temps et délai tu seras plus facilement maître de toi » (p. 176, § 20).

L’autre, relatif au jugement porté sur autrui : « quelqu’un se baigne rapidement, ne dis pas il se baigne mal mais il se baigne rapidement. Quelqu’un boit beaucoup de vin, ne dis pas : il boit mal mais il boit beaucoup de vin. Car avant de savoir le jugement qui détermine son action comment peux-tu savoir qu’il agit mal » (p. 195, § 45).

Munie de ces sages préceptes je me sens apaisée, libérée de ces parasitages extérieurs. Il me reste toutefois à me libérer encore d’un autre parasitage de l’esprit qui consisterait à attendre de ce conférencier qu’il m’apporte un contenu conforme à ma propre représentation du Québec et à accepter de m’ouvrir, sans préjugés, à ce qu’il va nous donner et qui reflétera sa propre perception ; Comme le dit, là encore, Epictète : « sans vouloir que ce qui ne dépend pas de moi, dépende de moi » (p. 79, § 14). C’est dans cet état d’esprit que je peux enfin profiter pleinement de ce reportage passionnant.

Ce qui m’a particulièrement intéressée dans cette étude du Manuel au cours de nos ateliers cette année, c’est la pertinence et la cohérence des propos, leur modernité. Beaucoup de ces préceptes me semblent directement applicables de nos jours, particulièrement dans le domaine des sciences humaines et du développement personnel (travail sur soi). J’ai été touchée par la profondeur de la pensée et la qualité de l’engagement personnel qu’ils impliquent. Cette réflexion sur un art de vivre basé sur le « connais-toi toi-même » de Socrate  est d’une grande sagesse. Ce langage nous parle encore aujourd’hui, même si la science a apporté un éclairage nouveau sur les moyens de parvenir à la connaissance de soi et au bonheur. La mise en évidence par Freud, en particulier, de la dynamique inconsciente souvent à l’origine de nos troubles les plus profonds a ouvert de nouvelles voies. Après lui, d’autres chercheurs ont apporté leur contribution pour enrichir et faire évoluer cette découverte. Grâce à eux, nous disposons maintenant de nombreux outils pour explorer notre univers intérieur, donner sens à ce que nous vivons et entrevoir différemment « ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous ».

Epictète nous invite à prendre de la distance dans la relation aux autres et aux choses extérieures mais parfois les troubles du lien peuvent entrainer une difficulté à établir cette distance. En effet, comme l’a démontré John Bowlby (le psychiatre et psychanalyste anglais), la capacité à entrer en contact avec les autres dans la vie adulte en gardant une juste distance est liée à la façon dont ont été vécus les premiers attachements. Il décrit le « besoin d’attachement » comme un « besoin primaire » qui doit être satisfait dès les premiers moments de la vie du petit enfant pour lui permettre d’accéder à la conscience de soi et à la différentiation. Cette construction d’un lien dans la sécurité est indispensable car c’est ce qui lui permettra à la fin du processus de développement correspondant à l’âge adulte de se séparer et d’accéder à l’autonomie. Il pourra alors entrer en contact avec les autres et le monde extérieur en étant conscient de sa différence. Mais lorsque des obstacles ont empêché ce processus de se réaliser, des problèmes plus ou moins graves peuvent apparaître perturbant le rapport avec soi et avec les autres. Il est alors possible par un travail sur soi de réparer ces troubles du lien. Boris Cyrulnik parle lui de « résilience » et il raconte comment lui-même a effectué ce long cheminement. Epictète, tout au long du Manuel, nous exhorte à la responsabilité et à la prise en charge de soi pour un vrai travail de « transformation intérieure ». Ceci est un point essentiel de son enseignement et reste aujourd’hui encore la base qui va permettre d’accompagner le changement. Il signifie pour chacun l’acceptation, souvent si difficile à comprendre, de son implication dans ce qu’il vit : « nous avons en nous-mêmes la force de combattre les représentations qui nous troublent » (p. 169, § 10), ou « quand nous nous heurtons à des difficultés ou que nous éprouvons du trouble ou de la tristesse, n’en rendons jamais un autre responsable mais nous-mêmes, c'est-à-dire nos jugements » (p. 167, § 5).

Epictète décrit donc nos troubles à l’intérieur de nous-mêmes et non pas à l’extérieur. C’est un autre point capital qui sous-entend que, si l‘origine de ces troubles est en soi, on peut les combattre (pour ma part, pour trouver la voie du bonheur, je trouve plus approprié d’abandonner l’idée de se combattre et plutôt de se centrer sur une recherche de paix et de réconciliation avec soi-même). Il s’étend peu sur les troubles du corps qui lui semblent « ne pas dépendre de nous ». Aujourd’hui, nous avons connaissance des liens étroits qui existent entre ces « troubles du corps » et les « troubles de l’âme », nous savons de plus en plus précisément combien psyché et corps forment un tout indissociable, que la santé de l’un dépend de la santé de l’autre et que nous avons un pouvoir d’agir sur notre santé mentale et physique. Il reste toutefois vrai que ce pouvoir aura toujours une limite liée à notre condition d’être humain qui ne peut pas tout. Sa remarque sur la maladie reste très pertinente : « la maladie est une gêne pour le corps mais pas pour le choix de vie à moins que le choix de vie ne le veuille lui-même …» (p. 169, § 9).

Pour finir, ce que j’ai aussi trouvé remarquable chez Epictète c’est la manière dont il invite à ne pas rester dans la dépendance mais à savoir continuer seul son chemin : « jusqu’à quand attendras-tu encore de te juger toi-même digne de ce qu’il y a de meilleur…Tu as appris les principes théoriques. Tu t’es entretenu avec ceux avec lesquels il fallait converser. Quelle sorte de maître attends-tu encore pour lui confier le soin de te corriger ? Tu n’es plus un jeune homme mais désormais un homme adulte… » (p. 199, § 51-1) ; et encore : « Philosopher, ce n’est pas parler de philosophie mais vivre sa philosophie » (p. 196, § 46).

 

Christine de SAINT-PIERRE, mars 2009.






Jésus aurait-il pu être stoïcien ?

Certains défendent l’idée d’une influence de la pensée chrétienne sur celle d’Epictète, il aurait enseigné des préceptes inspirés par ceux de Jésus.
Dans les Évangiles, comme celle de Mathieu (MT) par exemple, on trouve des passages troublants dans lesquels Jésus semble se comporter en stoïcien, dans d’autres c’est bien moins évident.

MT.5 :39 - Jésus : « moi je vous dis de ne pas résister au méchant, si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente lui l’autre »

MT.5 :44 - Jésus va plus loin encore : « moi je vous dis aimez vos ennemis, bénissez les, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et qui vous maltraitent et vous persécutent. »

Epictète aussi recommandait la même disposition de douceur à l’égard de ceux qui vous injurie, comme de ne pas être insultant et hautain et de ne pas se laisser entraîner par la représentation d’un outrage.

MT.19 :24 - Jésus : « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille, qu’à un riche d’entrer au royaume de Dieu. »

Epictète enseignait qu’il n’y a rien de bon dans les richesses matérielles, il pense que ceux qui veulent obtenir de l’argent perdent leurs vertus comme le respect et la loyauté.
Pour tous les deux l’aide apportée aux amis ne pouvait être que morale et spirituelle.
Jésus avait des ennemis, il les haïssait et avait des paroles très dures envers les païens, les pharisiens et les scribes.

MT : 23 - Jésus : « malheur à vous, race de vipères, race de méchants, vous n’échapperez pas aux châtiments. »

MT.10 :34 - Jésus : « je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée. »

Ce comportement de guerrier colérique comme quand il chasse les marchands du temple, n’a plus rien de stoïcien. Epictète enseignait la modération en tout, le plus important était la pratique des principes enseignés, l’essentiel étant de donner l’exemple dans son comportement.
MT.27 :46 -Jésus n’accepte pas sa fin tragique, ce destin est trop cruel pour lui, selon ses dernières paroles : « ELI, ELI, LAMA AZAVTANI »
(Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné).

Alors que pour un stoïcien, l’homme apparaît comme chargé par la Raison divine qui gouverne le monde, d’un rôle qu’il doit vouloir : « veuille que ce qui arrive, arrive comme il arrive ».


PS :La méthode employée dans ce petit texte, qui consiste à isoler des passages de leur contexte a été prise sur le modèle de l’écriture des Évangiles.


Chantal B.

 

 

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