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Le blog de Christophe Lamoure

SAVOIR VIVRE

15 Juillet 2010 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Textes

 

 

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« La liberté à laquelle aspire l'homme moderne n'est pas celle de l'homme libre, mais celle de l'esclave un jour de fête » (Nicolas Gomez Davila, Le Réactionnaire authentique).

 

 

Le temps jamais ne manque mais seulement le désir et la résolution d'en faire quelque chose. Nous nous plaignons souvent de ce que la vie est trop courte, de ce que le temps passe trop vite et de ce que vient la fin quand nous en sommes seulement au début... En vérité, nous avons plus de temps qu'il n'en faut, ce qui nous manque, c'est de savoir qu'en faire, autrement dit ce dont nous manquons, c'est de savoir vivre.

Nous sommes dotés de deux forces, le désir et la volonté, qui nous animent et nous inspirent certains faits et gestes. Cependant, ni le désir ni la volonté ne sont des forces autonomes, ils requièrent l'un comme l'autre d'être éduqués, c'est-à-dire orientés vers des objets qui leur donnent une direction et qui, en même temps, les alimentent, leur donnent une consistance et les renouvellent.

Laissés à eux-mêmes, désir et volonté s'épuisent bientôt, victimes d'une agitation vide et vaine. L'individu est travaillé par des intensités qui ne rencontrent aucune issue et qui finissent par engendrer un mal être au lieu qu'elles soient sources d'affirmation et de réalisation.

Autrement dit, le désir et la volonté doivent être éveillés, ils ne sont pas spontanés et seul un certain objet est capable de les provoquer et de les mobiliser, pour ainsi dire. Cela signifie que ni le désir ni la volonté ne sont pensables indépendamment d'un objet. Sans objet, le désir n'est rien, la volonté n'est rien.

Mais d'un autre côté, cantonnés aux mêmes objets, ils mènent à l'expérience de la lassitude et de l'usure. Rien ne dure qui se fige dans la répétition, le ressassement et la forme obsessionnelle que prend alors notre laborieuse activité conduit à la dissolution de l'objet et au renvoi du désir et de la volonté à leur propre néant. Ce que nous voulions et désirions ardemment nous laisse insensibles maintenant.

L'objet, quel qu'il soit, ne suffit donc pas à maintenir vivants et actifs le désir et la volonté. Il faut peut-être supposer que l'objet n'est que la figure ou le chiffre d'une autre réalité et que nous le désirons ou voulons moins pour lui-même qu'en tant qu'il est l'expression d'autre chose.

Ce que nous poursuivons à travers tel ou tel objet, c'est une idée. Quand nous confondons l'objet et l'idée ou quand nous croyons désirer ou vouloir l'objet pour lui-même, alors non seulement nous nous faisons des illusions mais aussi nous condamnons à plus ou moins brève échéance notre désir et notre volonté à la dispersion.

Nous désirons ou voulons une certaine idée de la vie et nous nous attachons à tel ou tel objet dans la mesure où il paraît traduire une dimension ou un aspect de cette forme de vie qui nous appelle.

 

L'époque nous convoque à la course aux objets et au dédain des idées ; en cela, elle nous prépare une existence à la fois affolée et exténuée. N'ayons de regard pour les objets qu'à la condition qu'ils abritent une idée qui nous hisse au-dessus de nous-mêmes. Pensons et vivons nos rapports aux autres, à nous-même et au monde dans la perspective d'une idée.

 

 

 

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