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Le blog de Christophe Lamoure

SAGESSE ET FOLIE

21 Juillet 2010 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Textes

 

 

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« Laisse-moi mes folies. Une petite flamme de folie, si on savait comme la vie s'en éclaire ! »

Henry de Montherlant

 

Préférons-nous la clarté ou l'obscurité ? La distinction ou la confusion ? Sans doute, chacun répondrait aussitôt que la question ne fait pas même débat : la clarté et la distinction ont nos faveurs, sans réserve aucune. Est-ce bien sûr ?

Il me semble, bien au contraire, que, le plus souvent, chacun s'accommode très aisément de ses approximations, s'en contente et que c'est par exception et par obligation que l'on s'impose d'y regarder de plus près. Autrement dit, et à rebours de nos propres affirmations, je pense que nous préférons l'obscurité et la confusion, que nous faisons le choix d'y camper. Pour certains, c'est une faute, pour d'autres, c'est une forme de sagesse.

Reconnaissons-le, d'habitude, scruter nos façons de penser, réfléchir le bien fondé de telle ou telle position, argumenter un choix, déterminer les autres possibilités, fixer le sens des termes employés... tout cela nous fatigue avant même d'avoir commencé ou peu après son début. Ne serait-ce que d'envisager une telle démarche nous plonge dans la perplexité et une sorte de désarroi. Peut-être vaudrait-il mieux savoir exactement ce que l'on dit, défend ou promeut mais, passé ce qui se répète inlassablement, nous ne sommes guère prêt à nous engager sur ce terrain.

Cependant, pour ne pas paraître s'en laisser compter et justifier une telle retraite, on argue savamment de la complexité des choses, du caractère inextricable du réel, de la profondeur insondable de la psychologie, de l'extrême difficulté des grandes questions, etc. Ce faisant, on s'en retourne bientôt au confort douillet de ses opinions, qui, pour être confuses et obscures, n'en seront pas moins défendues avec un aplomb sans défaut et une sérénité à toute épreuve.

C'est sans doute là que le bât blesse : si nous nous en tenons à de courtes vues, nous devrions adopter la posture modeste qui s'ensuit, mais non, nous combinons la faiblesse des vues avec une tranquille assurance : c'est Mickey qui se prend pour Hegel.

Tout de même, dans cette méfiance du commun à l'égard des idées, il y a une sorte de sagesse. Ainsi, Descartes prenait-il soin de préciser que sa démarche d'examen total et radical de ses idées ne devait pas être le fait de tous mais seulement du philosophe. Ce serait d'ailleurs là toute la différence entre le philosophe et les autres. Les uns tournent au régime de l'opinion quand les autres, les philosophes, tournent au régime de l'idée.

La sagesse du commun qui tient à ceci qu'il refuse de s'affronter à un questionnement radical dont il n'a pas les moyens n'est pas une sagesse de circonstance ni une sagesse relative à tel ou tel individu ; ce serait une sagesse liée à la condition même de l'homme et à ses limites. Si l'on s'inscrit dans cette perspective, il faut alors voir dans la philosophie une démarche folle, l'expression d'une folie et non d'une sagesse, il faut y voir un excès ou une ivresse. Cela inverse la représentation traditionnelle du philosophe, homme de la mesure, voire d'une certaine prudence.

 

La philosophie ou l'éloge de la folie.

 

 

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