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Le blog de Christophe Lamoure

PRISONS : TEMOIGNAGE DE DETENUS

22 Octobre 2011 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Infos

SOURCE :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/20/pour-les-detenus-ce-n-est-qu-une-inutile-humiliation_1590990_3224.html

 

Merci à L. B. d'avoir attiré mon attention sur cet article.

 

Pour les détenus, ce n'est qu'une inutile humiliation

Plusieurs détenus, qui souhaitent rester anonymes par peur d'éventuelles représailles, ont témoigné auprès de l'Observatoire international des prisons (OIP) de l'humiliation que sont pour eux les fouilles à nu.

 

"Etre fouillé, c'est terrible"
"J'ai connu la prison il y a longtemps, en allant voir un copain. Le temps passe vite au parloir. Je lui dis : "Ça va bientôt se terminer." Et là, il se met à pleurer. Un type qui avait 55 ans, à sangloter vraiment. Je lui dis : "Mais enfin, ne te mets pas dans cet état-là, tu n'es pas seul." Il me dit : "Ce n'est pas pour ça, il faut que tu saches que maintenant, je vais être fouillé, et ça, c'est terrible.""

 

"Ça me détruit, j'en ai ras-le-bol"
"Je refuse de montrer mon sexe, et mets ma main devant. Il me demande quand même de voir et de lui donner le caleçon. Après avoir vu devant, je dois me tourner. Ça me détruit, j'en ai vraiment ras-le-bol. Pour moi, ça reste interdit, je souhaiterais vraiment porter plainte. Ça reste une vraie obligation de faire de l'exhibitionnisme devant eux, voire même une agression sexuelle."

 

"Ça ne répond pas à un souci sécuritaire"
"En centrale, les types ont des relations sexuelles au parloir avec leur femme, et ça se voit. C'est ça aussi l'humiliation pour toi et le surveillant, même s'ils ont des gants. Et puis même s'il ne se passe rien avec ta femme et que simplement sa présence t'excite, dix minutes avant la fin du parloir, tu fais en sorte d'éviter tout contact, même les mains, pour ne pas arriver à la fouille en érection. On sait que ça ne répond pas à un souci sécuritaire, la fouille, c'est l'acte qui te fait passer du statut d'être humain à celui de taulard."

 

"On nous fait subir tout et n'importe quoi"
"Enceinte, je reçois des visites au parloir toutes les semaines. Je suis contrainte d'ôter en intégralité mes vêtements et sous-vêtements qui sont palpés et fouillés par la surveillante. Ensuite, on me demande de me décoiffer, même si je n'ai qu'une frange retenue par une pince minuscule, et de secouer mes cheveux. Puis, on me demande de me retourner nue, les fesses en l'air, afin que la surveillante puisse regarder l'intégralité de mon dos, ainsi que la plante de mes pieds. La fouille à corps est déjà une humiliation avérée, mais il m'a été demandé en plus, à deux parloirs différents, de soulever ma poitrine. Je n'ai jamais commis la moindre mauvaise action en détention qui pourrait justifier une méfiance particulière à mon égard. On nous fait subir tout et n'importe quoi sous couvert de sécurité."

 

"Je refuse cette humiliation systématique"
"J'ai environ un parloir toutes les trois semaines avec mes parents de 78 et 80 ans. A chaque fois, au retour de parloir, je dois me déshabiller totalement en présence de surveillants, trois ou quatre en général car les fouilles à corps se pratiquent dans une pièce contenant trois ou quatre parloirs ouverts. Cette pratique de mise à nu est systématique. Je trouve cela humiliant et dégradant. Ce manque d'intimité dans les box de fouille génère des plaisanteries sur la taille des organes génitaux et la beauté de nos fondements respectifs. Je refuse de subir cette humiliation systématique, je n'appartiens pas à la population à risque."

 

"C'est kafkaïen, à quoi ça sert ?"
"Je me souviens d'amies qui avaient droit à une fouille à nu en sortant de la prison pour aller au palais de justice, puis une en arrivant au palais de justice, une en sortant, et une quatrième en rentrant à la prison. Alors qu'elles étaient menottées et encadrées par des équipes de flics. C'est kafkaïen. A quoi ça sert ? La proportion d'évasions est infime, alors que celle des gens qui pètent les plombs parce qu'on est traité de manière indigne, c'est ça qui est dangereux."

 

"Les fouilles à corps sont des mutilations silencieuses"
"Au moment de cette mise à nu, le corps se crispe, se rétracte, se referme. La honte de se dévêtir devant un tiers nous avilit, on se sent salie, impure, avec l'impression de n'être qu'un objet, une marionnette, de n'être réellement rien. On ressort avec la sensation d'avoir été livrée en pâture, dans un contexte de domination qui nous renvoie à nos peurs les plus profondes, à notre fragilité personnelle. L'objectif réel est d'obtenir l'allégeance, la soumission. Les fouilles à corps sont des mutilations silencieuses, une déchéance imposée et inutile."

 

Un surveillant : "C'est antinomique avec la réinsertion"
"Dire à un être humain, déshabille-toi, enlève ton slip, baisse-toi, je trouve ça dégradant. En plus, c'est antinomique, parce qu'on nous demande de faire de la réinsertion. Il y a des gars qui se confiaient à moi, qui voulaient s'en sortir, et, à un moment donné, je leur disais de se déshabiller pour les fouiller. J'ai toujours exécré la fouille. En plus, je trouvais ça parfaitement ridicule, parce que je n'ai jamais rien trouvé."

 

Franck Johannès

 

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chafrai 13/04/2015 10:29

j'ai eu un petit séjour en détention, à mon arrivé, fouille à corps complètement nu, parloir fouille à corps tout nu, au mitard fouille à corps tout nu, après j'ai décidé de ne pas porter de slips, ni de maillot de corps,bien sur c'est dégradant