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Le blog de Christophe Lamoure

MORALISTES

22 Juillet 2010 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Textes

 

 

La_Rochefoucauld.jpg

 

 

 

Il est peu de choses plus distrayantes et plus instructives que l'observation des conduites humaines. Une situation, des individus, des événements, des ambitions, des intérêts … le théâtre se dresse, la pièce s'amorce, se développe et produit des effets, sinon inattendus, du moins toujours remarquables. On sait que les moralistes en ont fait leur miel.

On les dénomme « moralistes », non parce qu'ils délivrent des leçons de morale mais parce qu'ils appliquent leur esprit à l'étude des mœurs de leurs contemporains et de la société de leur temps. Mœurs vient du latin mos, moris qui désignent les usages, les façons de faire, de se conduire. Un moraliste, avant même d'être une plume, c'est un œil. Ses vues sont piquantes, enlevées, souvent drôles, plus souvent encore cruelles.

 

Le reproche le plus commun qu'on adresse aux moralistes tient précisément à cette cruauté dans laquelle, affirment leurs contempteurs, ils se complairaient et qui leur interdiraient d'apercevoir les bons côtés de la nature humaine, de la vie sociale, de leurs semblables et de la vie en général. Un écrivain leur a même récemment reproché d'être des « professeurs de désespoir » et la désignation valait condamnation. Mais alors quoi l'écrivain, le penseur doit-il dispenser des raisons d'espérer ou encore des raisons de vivre, est-ce bien là sa vocation ?

Porter un regard lucide sur le monde et les hommes, traquer les illusions, débusquer les faux-semblants, pointer les contradictions, démasquer les impostures me paraît plus de son ressort et indiquer nettement sa vertu propre.

Les moralistes ont fait vœu de justesse, non de justice. Ne les lisons pas pour nous trouver des charmes inespérés ou d'aimables défauts ; à cette fin, notre narcissisme et notre suffisance sont des agents infatigables. Ne cherchons pas à découvrir, entre leurs pages, un joli côté des choses et des êtres ; nos illusions répondent efficacement à ce souci. Ils n'énoncent pas la vérité et n'y prétendent pas ; ils ont un point de vue et l'expriment dans un style supérieur. Ces deux traits sont suffisamment rares pour être goûtés. De plus, ils nous permettent de mieux comprendre la fine mécanique humaine dans toutes ses dimensions, psychologiques, sociales, intellectuelles ou politiques.

Bien entendu, ils n'épuisent pas le réel ni les tâches que l'on peut reconnaître à celui qui pense mais qui pourrait raisonnablement tirer parti de cette absence d'exhaustivité pour les récuser ? A cette aune, aucune œuvre, aussi bienveillante et pondérée soit-elle, ne résisterait. Ne boudons pas notre plaisir et tâchons en leur compagnie d'aiguiser notre jugement.

 

Les moralistes, précieux antidotes au moralisme et à la satisfaction niaise.

 

 

Quelques maximes de La Rochefoucauld :

 

« On a de la peine à rompre quand on ne s'aime plus. »

 

« Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui. »

 

« Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu'enfin nous nous déguisons à nous-mêmes. »

 

« Nous essayons de nous faire honneur des défauts que nous ne voulons pas corriger. »

 

 

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