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Le blog de Christophe Lamoure

LA PHILOSOPHIE, POUR QUOI FAIRE ? (1)

24 Septembre 2011 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Textes

 

 

Pour répondre à cette question, je vais prendre appui sur un texte, un texte très ancien, un texte d’Épicure, philosophe grec du 3ème siècle avant Jésus-Christ. C’est un texte très

précieux parce qu’Épicure y va à l’essentiel. En quelques pages, il indique ce qu’est la philosophie, à qui elle s’adresse et ce qu’on peut en attendre. Je vais essayer, à son exemple, d’être aussi clair et direct.

Épicure pense que la philosophie s’adresse à tous, sans distinction d’âge ni de conditions. Il n’est, à son sens, jamais trop tôt ni trop tard pour commencer à philosopher. Pour quelle raisons ? Parce que, selon Epicure, la philosophie nous procure le bonheur et qu’il n’y a pas un âge particulier où nous souhaitons être heureux : nous voulons être heureux quel que soit notre âge. Dès lors, dès que nous en avons la possibilité, et afin d’atteindre le bonheur, il nous invite à nous mettre à la philosophie. Je pense comme Épicure que la philosophie est pour tout le monde, qu’elle n’est pas une affaire de spécialistes. Je pense comme lui qu’elle n’est pas une activité parmi d’autres mais qu’en vérité chaque personne devrait faire de la philosophie, parce que ce dont elle traite importe au plus haut point à chacun. Sur un point, cependant, je me distingue de l’enseignement d'Épicure. Je ne pense pas que la philosophie vise à nous procurer le bonheur, je pense que la philosophie est l’activité qui, par l’exercice éclairé de la raison, vise à nous procurer une vie sensée et digne d’être vécue. Tous nous voulons être heureux mais le bonheur me paraît être une grâce ou une chance qui nous échoit de temps à autre mais que nous ne saurions maîtriser. Par contre, tous nous voulons vivre une vie sensée et digne d’être vécue et c’est ce que, à mon sens, la philosophie peut nous procurer. Ainsi que l’écrit Eric Weil :

« L’individu vit sur deux plans, et ces deux plans ne sont pas encore mis en un rapport qui puisse le satisfaire. Il veut vivre, c’est-à-dire disposer de ces biens produits par la société qui, selon la société même, sont nécessaires à une vie humaine ; et, en même temps, il veut que sa vie soit une vie sensée, digne d’être vécue » (Philosophie politique).


Il n’y a rien de plus destructeur pour un individu que le sentiment, l’impression ou la conviction que son existence est insensée et indigne, sans valeur et insignifiante. Retarder le moment de faire de la philosophie, le différer ou considérer qu’il y a des priorités plus urgentes, ce serait comme de considérer que le moment n’est pas encore venu ou est déjà passé de donner un sens à son existence et de la rendre digne d’être vécue. Or, tout dépend de cela : persuadé de l’insignifiance et de la nullité de son existence, on est privé de l’impulsion essentielle qui oriente et nourrit le désir de vivre. A l’opposé, convaincu que son existence a du sens et est digne d’être vécue, on trouve les ressources nécessaires pour conduire sa vie (« être le guide de soi-même », écrit le philosophe italien Antonio Gramsci), affronter les épreuves qui se présentent et goûter le plaisir de vivre.

Ainsi, et le jeune et le vieux ont à philosopher, celui-ci pour que, vieillissant, il ne soit pas gagné par le sentiment que sa vie lui a échappé (que sa vie ne lui paraisse pas avoir été vaine) ni par le regret de n’avoir pas vécu autrement, celui-là pour que, jeune, il soit habité par la force propre de celui qui est convaincu d’avoir une vocation originale et les moyens de l’accomplir.

Il faut donc méditer sur ce qui procure sens et dignité à l’existence, puisque, en leur absence, nous nous sentons dépossédés et vides, et, en leur présence, nous nous sentons pleins de l’énergie de vivre et d’entreprendre face à une vie difficile et désirable tout à la fois.

Quels sont les éléments d’une vie sensée et digne d’être vécue ?

[Sans doute, est-il utile de préciser ici qu’il est bien des façons de donner sens et dignité à son existence. Celle que je privilégie est celle du philosophe, tel que je l’entends. Aussi, on aura présent à l’esprit, d’une part que je ne nie pas l’existence d’autres possibilités, d’autre part, que la philosophie, à mes yeux, s’accomplit nécessairement dans une forme singulière d’existence.]

 

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