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Le blog de Christophe Lamoure

Deleuze - Bacon, extraits (1)

21 Mai 2009 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Textes

 

« Si ça va mal dans la pensée aujourd'hui, c'est parce que, sous le nom de modernisme, il y a un retour aux abstractions, on retrouve le problème des origines, tout ça... Du coup, toutes les analyses en termes de mouvements, de vecteurs, sont bloquées. C'est une période très faible, une période de réaction. Pourtant, la philosophie croyait en avoir fini avec le problème des origines. Il ne s'agissait plus de partir, ni d'arriver. La question était plutôt : qu'est-ce qui se passe « entre » ?

(Pourparlers, p.165).

(…) penser le mouvement (P, 166). »

 

« Créer n'est pas communiquer, mais résister. Il y a un lien profond entre les signes, l'événement, la vie, le vitalisme. C'est la puissance d'une vie non organique, celle qu'il peut y avoir dans une ligne de dessin, d'écriture ou de musique. Ce sont les organismes qui meurent, pas la vie. Il n'y a pas d'œuvre qui n'indique une issue à la vie, qui ne trace un chemin entre les pavés. » (P,196).


« Nous demandons seulement un peu d'ordre pour nous protéger du chaos. » (QLP,189).

« (…) nous faire une opinion, comme une sorte d' « ombrelle » qui nous protège du chaos. » (QLP,190).


Nous voulons des opinions parce que nous voulons y voir clair, nous nous accrochons à nos opinions parce que nous voulons un peu d'ordre, et dans nos idées, et dans le réel. L'opinion veut reconnaître, elle élabore systèmes et des stratagèmes de reconnaissance qui lui permettent de composer un réel fiable, enfin, et où nous avons nos habitudes. On pointe des ressemblances, des répétitions, de l'identique, du fixe, du déterminé.


« Mais l'art, la science, la philosophie exigent davantage : ils tirent des plans sur le chaos. (…) La philosophie, la science et l'art veulent que nous déchirions le firmament et que nous plongions dans le chaos. Nous ne le vaincrons qu'à ce prix. (…) L'artiste rapporte du chaos des variétés qui ne constituent plus une reproduction du sensible dans l'organe, mais dressent un être du sensible, un être de la sensation, sur un plan de composition anorganique capable de redonner l'infini. » (QLP,191).


« On dirait que la lutte contre le chaos ne va pas sans affinité avec l'ennemi, parce qu'une autre lutte se développe et prend plus d'importance, contre l'opinion qui prétendait pourtant nous protéger du chaos lui-même. […] Le peintre ne peint pas sur une toile vierge, ni l'écrivain n'écrit sur une page blanche, mais la toile ou la page sont déjà tellement couvertes de clichés préexistants, préétablis, qu'il faut d'abord effacer, nettoyer, laminer, même déchiqueter pour faire passer un courant d'air issu du chaos qui nous apporte la vision. » (QLP,191-192).


« Une œuvre de chaos n'est certes pas meilleure qu'une œuvre d'opinion, l'art n'est pas plus fait de chaos que d'opinion ; mais s'il se bat contre le chaos, c'est pour lui emprunter les armes qu'il retourne contre l'opinion, pour mieux la vaincre avec des armes éprouvées. C'est même parce que le tableau est d'abord recouvert de clichés que le peintre doit affronter le chaos et hâter les destructions, pour produire une sensation qui défie toute opinion, tout cliché (combien de temps ?). L'art n'est pas le chaos, mais une composition du chaos qui donne la vision ou sensation, si bien qu'il constitue un chaosmos, comme dit Joyce, un chaos composé – non pas prévu, ni préconçu. L'art transforme la variabilité chaotique en variété chaoïde, par exemple l'embrasement gris noir et vert du Greco ; l'embrasement d'or de Turner ou l'embrasement rouge de Staël. L'art lutte avec le chaos, mais pour le rendre sensible, même à travers le personnage le plus charmant, le paysage le plus enchanté (Watteau). » (QLP,192).



 Vue de Tolède (1595), Le Greco (1541-1614).

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