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Le blog de Christophe Lamoure

La "crise" selon Epictète

13 Avril 2009 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Textes Bibli

 

J'ai 25 ans, mes diplômes, je ne trouve pas de travail !


Les employeurs me disent:

« Dans la conjoncture actuelle, sans expérience, vous n'avez aucune chance : voyez par vous-même, les entreprises ferment, les faillites se multiplient, en plus le secteur qui vous intéresse est un des plus touché. Vous devriez essayer l'interim ou les supermarchés, ils embauchent encore un peu. ou alors, pensez à vous reconvertir, faites d'autres études ».

Me reconvertir, alors que je viens tout juste d'avoir mon diplôme, celui dont je rêvais depuis toujours. Non, ça je ne le veux pas.

Mes parents me regardent avec compassion et me disent :

« Ma pauvre fille! Tu n'as vraiment pas de chance !!! Mais ne t'inquiète pas, nous serons toujours là pour toi, nous t'aiderons tant que nous le pourrons ».

Mais je ne veux pas rester chez eux, je veux mon appartement, mon indépendance.

Mon copain me dit:

« Attendons la fin de la « crise », nous sommes très bien dans nos familles respectives, nous pouvons toujours enchaîner des « petits boulots » pour payer nos loisirs ».

Je ne veux pas de « petits boulots », je veux faire le travail que j'aime, celui pour lequel je suis faite, et je veux gagner ma vie, me sentir libre.


********************


C'est dans cet état d'esprit que mon regard est attiré par un tout petit livre qui est resté là, depuis longtemps, sans doute depuis la classe terminale, sur une étagère de ma chambre.

Je me suis mise à le lire ou plutôt à le relire mais cette fois, le livre me parle ; c'est comme s’il avait été écrit pour moi à ce moment où ma vie de jeune adulte semble s'ouvrir sous les plus néfastes auspices.

Au fur et à mesure que j'avance dans ma lecture, je me sens emportée dan un vrai dialogue avec Epictète .

Le philosophe après 2000 ans semble être revenu, pour m'aider à décider, par moi-même, de mon avenir sans me soucier des avis extérieurs. Il m'enseigne, je l'interroge :

- Le premier précepte que tu dois respecter , me dit Epictète est :

Distingue dans ta vie ce qui dépend de toi de ce qui ne dépend pas de toi.


-Ce qu'ils appellent « la crise » ne dépend pas de moi, je n'ai aucune responsabilité dans ce qui arrive.

-Approfondis : ce qui dépend de toi, ce n'est pas l'évènement ; c'est le sens que tu lui donnes, ce qui dépend de toi, c'est ton désir, ton jugement et l'impulsion que tu donneras à l'action.

-Le désir, je l'ai, je veux être libre, je veux une vie indépendante, affranchie de ma famille et pratiquer le métier pour lequel je me suis préparée dès l'enfance.

-Je ne te parle pas de ce désir là, je te parle du désir d'accepter l'évènement, tel qu'il se présente.

Tu termines des études longues, difficiles et au moment de rentrer sur le marché du travail, le monde est en déroute !!! désire ce qui arrive, n'aies pas de doute, consens. Tu as en toi la force de combattre. Cette force est dans l'acceptation complète et sans aucune arrière-pensée de ce que tu appelles « la crise ».

-Alors que le monde entier semble être d'accord pour me persuader que j'arrive au mauvais moment, tu me dis que je dois considérer cette période comme la meilleure qui soit pour entrer dans la vie professionnelle et de m'en réjouir ?

- Oui, tu es là, à ce moment-là, sois contente c'est maintenant que tu dois t'accomplir, à aucun autre.

- D'accord pour le désir, je saisis ce que tu veux dire mais qu'en est-il du jugement ? Tous les journaux, les radios, la télévision ne parlent que de la « crise », des économies à faire, de la faillite nationale. Dois-je avoir un autre jugement que l'ensemble des médias qui sont beaucoup plus qualifiés que moi pour parler de ces choses là ?

-N'es-tu pas trop réceptive à toutes ces informations ? Sais-tu de qui elles proviennent et dans quel but elles sont ressassées inlassablement par les médias ? Les médias eux-mêmes sont-ils bien informés ? Quel est le pourcentage de vérité dans tout ce qui est dit ? Etc....etc.....

- Tu veux dire que ces informations sont fausses, que je suis manipulée ?

- Je dis qu'il dépend de toi d'accepter ou non cette représentation du futur. Un futur triste et morose sans espoir de réalisation personnelle. Ne t'a-t-on pas proposé de postuler pour n'importe quel emploi, de prendre le premier qui se présentera à toi sans condition ni d'horaires ni de salaire ? Pour moi, ancien esclave, ces conditions d'existence se rapprochent de celles que j'ai connues. Juges si cela convient ou non à la personne que tu es.

-Non, cette représentation du futur n'est pas pour moi, elle ne me concerne pas. Je n'ai aucun goût pour le sacrifice, d'autant plus que je ne me sens pas responsable de la folie qui s'est emparée des hommes pour les précipiter dans cette catastrophe financière.

-C'est pour cela que je te dis : sois indifférente, ne te laisse pas perturber par ce qui est dit. Tu es responsable de la représentation que tu te fais de la « crise », pas de la « crise », souviens-toi :

« si tu crois que les choses qui te sont étrangères sont à toi, tu feras des reproches aux dieux et aux hommes ». Vois-tu, il y a trois façons d'aborder le problème :

En non philosophe : tu accuses les chefs d'états, les financiers, le monde en général, parce que tu refuses de distinguer entre ce qui dépend de toi de ce qui ne dépend pas de toi.

En postulant philosophe: tu t'accuses d'avoir commis des erreurs de jugement, tu penses que tu aurais pu mieux voter, mieux faire, mieux te renseigner, tu es troublée, incertaine.

En philosophe : tu n'accuses personne parce que ce n'est pas ton problème, tu ne t'accuses pas parce que tu sais que tu n'y peux rien. Tu n'as pas peur, car tu es en accord avec toi-même, ton jugement est droit.

-Bien, j'ai compris pour le désir et pour le jugement ; il reste l'impulsion à l'action : qu'entends-tu par là?

-C'est se juger digne de vivre en adulte, se souvenir que c'est maintenant qu'a lieu le combat, que c'est maintenant que les jeux olympiques se déroulent et qu'il n'est plus temps de reculer ni d'être anéanti. C'est accomplir le rôle qui nous est attribué au bon moment et à sa juste mesure.

-Ok Epictète et merci, je n'oublierai pas. Rien entreprendre sans consulter mon principe directeur. Prendre la direction que je juge la meilleure, pour moi, après en avoir analysé tous les points négatifs. Assumer le rôle qui m'est attribué dans la vie : ni celui du dessus, ni celui du dessous.

Je le sens, un travail m'attend, celui qui est fait pour moi, quoiqu'ils en disent.


Je crois l'avoir entendu me dire : Bonne chance ! Mais je n'en suis pas sûre.


Mikela (atelier du mardi).

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