Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Christophe Lamoure

Dialogue 2 : Epictète - Arrien (lire d'abord le dialogue 1)

13 Avril 2009 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Textes Bibli

 
ARRIEN – Salut maître, je viens te rendre compte de ma mission de visite dans les écoles de stoïcisme. Tu sais que près de 2000 ans après sa publication, mon petit Manuel se vend encore très bien et que...


EPICTETE – Comment TON petit Manuel, c'est quand même bien ma pensée que tu as tenté de traduire en principes et en règles de vie !


ARR- D'accord …. Donc la philosophie est à la mode et en particulier celle des « Anciens ». Mais les gens du 21 ème siècle sont assez paresseux et superficiels, ils se contentent de lire trop rapidement nos textes et de les utiliser pour se bricoler une philosophie sommaire.

 

EPI- J'enragerai si je n'étais pas stoïcien, mais donne-moi donc des exemples de ces détournements de pensée.


ARR – Je commence par une histoire qu'on raconte au EPICTETE's Center de Paris , c'est un dialogue entre Nicolas et Carla :

Nicolas : Tu sais Carla, j'ai trouvé dans ta bibliothèque le Manuel d'Epictète, je l'ai dévoré et j'ai trouvé ça formidable. Je me suis reconnu ; ainsi en plus de tout le reste je suis un très grand stoïcien.

Carla : J'ai fréquenté des philosophes et ils m'ont enseigné que le stoïcisme était une école de rigueur et de sagesse qui conduisait à une grande maîtrise de ses émotions et à une humilité authentique. Malgré toute l'affection que j'ai pour toi je ne te reconnais pas là.

Nicolas : Ben voyons Carla, la clé donnée par le Manuel c'est de savoir faire la distinction entre ce qui dépend de toi et ce qui ne dépend pas de toi. Et bien pour moi rien de plus facile : en France tout dépend de moi.


EPI – C'est consternant en effet, mais ne crois-tu pas que c'est un peu de ta faute ? Dans ta rédaction du Manuel, tu as insisté trop lourdement sur cette formule qui ressemble à un slogan publicitaire : « ce qui dépend de toi, ce qui ne dépend pas de toi ». Les esprits superficiels appliquent cela comme une recette de cuisine au lieu de réfléchir. Mais continue de me raconter ta mission.


ARR- Au Cercle stoïcien d'Anglet, j'ai rencontré un militant qui connaissait tous tes textes par cœur, il m'a annoncé triomphalement que pour suivre ton enseignement il venait de rejeter la femme qu'il aimait parce qu'il ne voulait pas lui devoir son bonheur.


EPI – Quelle trahison de mon enseignement ! Je n'ai jamais dit qu'il fallait se couper des autres et construire son petit bonheur étriqué dans son coin. J'ai dit haut et fort qu'il fallait en premier compter sur ses propres forces, sans pleurnicher sur son sort ni regarder dans l'assiette de son voisin. J'ai dit aussi qu'il fallait jouer le mieux possible le rôle qui nous était assigné dans le monde et dans la cité.


ARR- A la décharge de cet angloy qui me semblait être de bonne volonté, je dois avouer que le Manuel est assez peu explicite sur le couple et qu'une lecture superficielle peut laisser croire qu'il y a contradiction entre la recherche d'une sagesse personnelle et les contraintes de la vie de famille.


EPI –Il est vrai que quand tu as rédigé le paragraphe sur l'amour et le mariage, tu étais amoureux du beau Leonidas et, ne te sentant pas concerné, tu as un peu bâclé le texte. Je crois que nous devons compléter le paragraphe 33.8.

Bon, comme d'habitude, je donne les idées et tu mets en forme. En premier lieu, il faut faire passer l'idée que la nature qui est bonne a besoin que les hommes se reproduisent pour assurer sa pérennité.


ARR- J'écris : « Le destin de la majorité des hommes est de se marier et d'avoir des enfants afin de satisfaire le projet de la nature ».


EPI – Ensuite il faut bien expliquer qu'un couple ne doit pas être la fusion d'un homme et d'une femme qui se perdent ensemble dans une passion amoureuse : c'est une union entre deux personnes maîtresses d'elles-mêmes qui font ensemble un projet de vie. Allez, fais que cela soit bien clair pour nos jeunes gens.


ARR- « Tu dois te méfier des femmes trop belles et trop sensuelles qui te feront perdre la maîtrise de ton corps et de ton âme. Accorde-toi avec une femme autonome et responsable avec laquelle tu pourras contracter un engagement durable.»


EPI – Tu n'as pas une petite métaphore pour illustrer cela.


ARR- Essayons : « Le char du couple durable est tiré en avant par les chevaux de l'amour et guidé de quatre mains fermes par les rênes de la raison ».


EPI- Joli, bien qu'un peu pompier. Bon continuons ; il faut enfin bien affirmer que tout projet humain est fragile et que si un membre du couple venait à disparaître …


ARR- Tu ne crois pas qu'on a déjà assez développé ce thème, rappelle-toi l'histoire de la marmite cassée … Enfin si tu y tiens, j'ajouterai : « Dis tous les jours à ta femme : notre couple est heureux et prospère et il dépend de chacun de nous que cette situation continue. Cependant l'un de nous deux peut mourir à tout moment ; celui qui reste ne devra pas considérer que sa vie est terminée ; il trouvera au fond de son âme l'énergie pour poursuivre le chemin qui est le sien ».


EPI – Bon tu enverras rapidement une copie de la nouvelle rédaction à ton interlocuteur angloy pour qu'il reprenne le bon chemin. Maintenant, poursuis ton récit.


Michel Launay (atelier du jeudi).

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article