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Le blog de Christophe Lamoure

Epictète au bord du chemin

25 Mars 2009 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Textes Bibli

 


Une course en montagne en haute Savoie


La première et la plus importante est que nous méprisions les choses qui ne dépendent pas de nous et que notre attention se porte à cultiver le gouvernement de nous-même et rien d’autre.


Je progresse lentement en direction du Pic grand bec, un pas après l’autre, seule dans une nature grandiose et enveloppante.

Mes trois compagnons sont quelques mètres plus bas. Robert, notre guide, ferme la marche.

Chacun est seul et semble perdu dans ses pensées.

- Le choix de la course, qui en a décidé ?

- Pas moi.

La marche d’approche est longue et pénible, mon sac pèse, il fait chaud. Trois heures passent, toujours pas de refuge en vue, je sens mon esprit, sorti de mon corps robotisé qui dialogue avec lui :

- «Qu’est-ce que tu viens faire dans cette bavante ? Les autres sont plus entraînés, ils sont plus résistants, ils souffrent moins... tu as mal aux épaules, tu as soif...

- Oui, mais voilà j’étais consentante, je ne puis m’en prendre à notre équipe, ni les accuser de mes maux, ni me plaindre. Il faut avancer, garder le silence, ne rien laisser paraître.


Intérieurement je peste contre ce guide, j’envie les autres, mon courage s’effrite, je suis sur le point de basculer.

- Si je redescendais ?

- Non impossible, il faut résister, tenir, même si les événements n’arrivent pas comme je le souhaiterais ou comme je l’avais imaginé.

- Je me couche.

- Une bonne nuit et le calme reviendra peut être ?

Quatre heures du matin, nous repartons, mon esprit dans un demi-sommeil vagabonde toujours. Il fait nuit, nous progressons lentement. Tout à coup, nous butons contre un mur vertical, l’aube pointe. Ici l’obstacle est sérieux : il faut s’encorder. La peur me saisit au ventre, jamais je n’ai escaladé de paroi aussi raide et longue.

Il faut raison garder, arrivera ce qui doit arriver, je me lance, la hauteur des enjambées entre les points d’accroche est un obstacle pour ma taille mais pas pour ma volonté. Surtout ne pas regarder plus bas, avancer toujours. Tant bien que mal, je passe.

Arrivés au sommet, épuisés, nous mangeons un bout sur le glacier et, au moment de repartir, Robert dit :
- La petite (c’est-à-dire moi) va passer devant pour tester les ponts de neige entre les crevasses.
Nouvelle frayeur immédiate : comment vaincre mes démons intérieurs ? C’est une nouvelle mise à l’épreuve.
J’accepte, ainsi que le destin qui l’accompagne, qui n’est pas de mon ressort. Je ne peux me laisser troubler par une opinion ou des dires : le risque n’est peut être pas si grand.
Ainsi déchargée de mon inquiétude, je franchis les ponts de neige.

La course se termine, je suis heureuse d’avoir eu le courage de vaincre.

Dans un paysage alpestre d’une immense beauté, je me surprends à penser à mon bonheur :

« il dépend de moi en effet de bien jouer le personnage qui m’est donné et d’avoir le courage de vaincre mais le choisir appartient à un autre ».

A travers ce court récit d’une situation vécue, où est le problème ? J’étais bien d’accord pour faire cette course, c’était mon choix d’y participer, mais le programme ne dépendait pas de moi.

Pouvais-je m’en prendre à mes compagnons de route ? à la difficulté de la course, à la fatigue, à la souffrance, à la peur, à la chaleur, au guide etc.

Seul dépendait de moi le contrôle des pensées négatives qui m’envahissaient, que je maîtrisais difficilement, jamais spontanément, c’était un réel combat.

C’est ainsi que j’ai trouvé EPICTETE assis sur le chemin.

Vertigo.

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