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Le blog de Christophe Lamoure

Article du Monde sur le "Second manifeste pour la philosophie" d'Alain Badiou

13 Mars 2009 , Rédigé par Christophe Lamoure Publié dans #Revue de presse




Critique
"Second manifeste pour la philosophie", d'Alain Badiou : précis de philosophie féroce
LE MONDE | 03.03.09 | 16h50  •  Mis à jour le 03.03.09 | 16h50

l y a vingt ans, la philosophie était portée disparue, à ranger du côté des causes perdues. Après Auschwitz, Hiroshima et les camps de la Kolyma, il n'était plus question d'écrire un poème, encore moins d'élaborer un système.

 

La raison était considérée comme totalitaire, la philosophie comme justification de l'extermination ou de la séculière domination de l'Occident sur les autres nations.

A l'ère de la fin des grands récits structurants et des concepts à majuscule (Patrie, Progrès, Prolétariat, etc.), il était de bon ton de se tourner du côté des vies et objets minuscules.

Quelques philosophes tinrent bon face à ces coups portés contre la raison. Philosophe et militant parfois qualifié de "dernier des Maohicans" pour sa fidélité à ses années maoïstes, Alain Badiou fut de ceux-là. En 1989, il publia un Manifeste pour la philosophie afin de soustraire celle-ci au "pathos de la fin".

Fidèle lecteur de Platon, il fit du mathème, du poème, de la politique et de l'amour - qui permettent selon lui à l'existence d'échapper au simple régime de la survie - les quatre conditions de la philosophie. En s'attachant aujourd'hui à leur mode d'apparition, il récidive dans un contexte radicalement différent. Car la philosophie est aujourd'hui omniprésente : "Elle anime des cafés et des officines de remise en forme. Elle est universellement convoquée, des banques aux grandes commissions d'Etat", relève-t-il avec ironie. Face à ce trop de philosophie, Alain Badiou réaffirme sa pertinence et son incorrection. Devant le règne planétaire des bons sentiments, l'objectif est celui de "démoraliser" une discipline en voie de pétrification par cette mièvrerie que Nietzsche appelait "moraline". Et de réactiver la lutte antique des travailleurs du concept contre les faiseurs d'opinion. Au risque de confondre la démocratie avec son oligarchie financière parasitaire, le pouvoir du peuple et la loi comptable du nombre. Puisque la vérité ne se vote pas, ce "platonicien sophistiqué" refuse donc un régime démocratique ici réduit à sa forme "capitalo-parlementaire". Mais où réside la véritable radicalité ? Dans ce nouvel assaut du ciel des vérités éternelles ou dans la tentative, notamment menée par le philosophe Jacques Rancière, de repenser le scandale originel d'une démocratie qui ferait droit au "pouvoir de n'importe qui" ? A chacun de choisir entre ces deux "révoltes logiques", comme aurait pu le dire Arthur Rimbaud, qui savait, lui aussi, ce qu'était la "philosophie féroce".


SECOND MANIFESTE POUR LA PHILOSOPHIE d'Alain Badiou. Fayard, 168 pages, 14 €.

 


Nicolas Truong

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