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Le blog de Christophe Lamoure

Les sujets de philosophie au bac 2015

17 Juin 2015 , Rédigé par Christophe Lamoure

Les candidats au bac 2015 des séries générales et technologiques ont commencé à plancher mercredi 17 juin à 8 heures sur les sujets de philosophie, que le ministère de l’Education nationale a rendus publics une heure et quinze minutes après le début de l’épreuve.

Voici la formulation officielle des sujets tels qu’ils ont été soumis.


 

Les sujets du bac S


 

  • « Une oeuvre d'art a-t-elle toujours un sens ? »

     

  • « La politique échappe-t-elle à une exigence de vérité ? »

     

Les élèves ont aussi été invités à réfléchir sur un texte de Cicéron :

Comment peut-on prévoir un événement dépourvu de toute cause ou de tout
indice qui explique qu'il se produira ? Les éclipses du soleil et de la lune sont
annoncées avec beaucoup d'années d'anticipation par ceux qui étudient à l'aide de
calculs les mouvements des astres. De fait, ils annoncent ce que la loi naturelle
réalisera. Du mouvement invariable de la lune, ils déduisent à quel moment la lune,
à l'opposé du soleil, entre dans l'ombre de la terre, qui est un cône de ténèbres, de
telle sorte qu'elle s'obscurcit nécessairement. Ils savent aussi quand la même lune
en passant sous le soleil et en s'intercalant entre lui et la terre, cache la lumière du
soleil à nos yeux, et dans quel signe chaque planète se trouvera à tout moment,
quels seront le lever ou le coucher journaliers des différentes constellations. Tu vois
quels sont les raisonnements effectués par ceux qui prédisent ces événements.
Ceux qui prédisent la découverte d'un trésor ou l'arrivée d'un héritage, sur
quel indice se fondent-ils ? Ou bien, dans quelle loi naturelle se trouve-t-il que cela
arrivera ? Et si ces faits et ceux du même genre sont soumis à pareille nécessité,
quel est l'événement dont il faudra admettre qu'il arrive par accident ou par pur
hasard ? En effet, rien n'est à ce point contraire à la régularité rationnelle que le
hasard, au point que même un dieu ne possède pas à mes yeux le privilège de
savoir ce qui se produira par hasard ou par accident. Car s'il le sait, l'événement
arrivera certainement ; mais s'il se produit certainement, il n'y a plus de hasard ; or
le hasard existe : par conséquent, il n'y a pas de prévision d'événements fortuits.


 

Cicéron, De la divination, 1er siècle avant J.-C.


 


 

Les sujets du bac ES


 

  • « La conscience de l'individu n'est-elle que le reflet de la société à laquelle il appartient ? »

     

  • « L'artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ? »

     

Le commentaire de texte porte sur un extrait de Spinoza :

« Dans un État démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d’une grande assemblée se mette d’accord sur une seule et même absurdité. Cela est peu à craindre, également, à raison du fondement et de la fin de la démocratie, qui n’est autre que de soustraire les hommes à la domination absurde de l’appétit1 et à les maintenir, autant qu’il est possible, dans les limites de la raison, pour qu’ils vivent dans la concorde et dans la paix. Ôté ce fondement, tout l’édifice s’écroule aisément. Au seul souverain, donc, il appartient d’y pourvoir ; aux sujets, il appartient d’exécuter ses commandements et de ne reconnaître comme droit que ce que le souverain déclare être le droit.
Peut-être pensera-t-on que, par ce principe, nous faisons des sujets des esclaves ; on pense en effet que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son caprice. Cela cependant n’est pas absolument vrai ; car en réalité, celui qui est captif de son plaisir, incapable de voir et de faire ce qui lui est utile, est le plus grand des esclaves, et seul est libre celui qui vit, de toute son âme, sous la seule conduite de la raison. »


 

SPINOZA, Traité théologico-politique (1670)


 


 

Les sujets du bac L


 

  • « Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ? »

     

  • « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? »

     

Le commentaire de texte porte sur un extrait de Tocqueville.

Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses, suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d’objet; mais on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’estàdire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait luimême de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune. Or, il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt il n’y en a point qui subsistent ainsi; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites. Si je considère maintenant l’homme à part, je trouve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul que pour agir en commun avec ses semblables.

 

TOCQUEVILLE, De la démocratie en Amérique, 1840.

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