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Le blog de Christophe Lamoure

Pas d'histoires

27 Avril 2015 , Rédigé par Christophe Lamoure

Pas d'histoires

" Nous laisserons ce monde-ci aussi sot et aussi méchant que nous l'avons trouvé en arrivant. "

Voltaire

(cité par Arthur Schopenhauer à la fin de l'introduction aux Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

 

à F. Schiffter

La conversion du regard à la réalité est difficile et lente mais, si l'on prend la peine de tenir compte de ce que l'expérience nous enseigne, il n'est pas possible d'adopter, sur la vie, sur soi, sur les autres, un autre point de vue que celui de la désillusion la plus complète.

La conversion n'est pas seulement intellectuelle et même elle n'est pas d'abord intellectuelle. C'est le corps, les nerfs, la sensibilité, en premier lieu, qui sont révulsés, tordus, broyés par des affects violents. L'intelligence vient ensuite constater les dégâts occasionnés sur tout un lot de petites idées, valeurs, sentiments et autres convictions, alors apparentés à un dérisoire tissu d'illusions.

Bien entendu, l'intelligence peut tricher et, sans doute, est-ce son premier mouvement, son deuxième, son troisième... Elle veut sauver cela qui confère, lui paraît-il, sens et dignité à l'existence et aux relations des individus entre eux. Elle y réussit, le plus souvent, mais au prix d'un aveuglement tenace et vigilant. Paradoxalement, mais avec une remarquable constance et même chez les plus doués d'entre nous, l'intelligence devient l'instrument de la bêtise.

Pour que la lucidité perce, il faut que l'expérience se répète. Heureusement, la vie n'est pas avare et nous ménage, autant qu'il sera nécessaire, de cuisants échecs et de profondes blessures qui devraient nous ouvrir les yeux et nous conduire à abandonner toutes les fables consolantes et mensongères.

Cependant, peu nombreux sont ceux qui acceptent la leçon. Peut-être l'accepte-t-on non pas par l'effet d'une lucidité supérieure ou de mérites particuliers, mais simplement parce qu'on n'a plus le choix. Les autres issues sont barrées et il n'y a plus qu'à voir ce qui est. Tout le reste est divertissement.

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michel launay 06/05/2015 09:13

Une belle leçon de désespoir .
Non seulement l'auteur s'acharne à fermer toutes les portes qui pourraient lui procurer un quelconque espoir, mais il regarde d'un oeil un peu condescendant les imbéciles qui nourissent quelque goût pour la vie .
Mais la démonstration me semble assez faible ; c'est au nom d'un regard particuliérement affûté sur la réalité que l'auteur nous asséne sa terrible vérité : tout n'est que désillusion .Ce voyant extra lucide qui se gausse des pauvres aveugles que nous sommes, n'est-il pas encore plus aveugle que nous : ne voit-il pas que si la vie est souvent une tragédie, elle est encore plus souvent une comédie ? L'auteur semble ne retenir de la réalité que ses aspects les plus misérables .
LA REALITE dans sa globalité ne nous est pas accessible. Chacun se construit un modèle de réalité ( forcément très partiel et très partial ) en fonction de son éducation et de ses expériences de vie . Et bien ma réalité est plus souriante et finalement j'ai choisi d' être un imbécile heureux plutôt qu'un lucide désespéré.

Andre Mesquida 27/04/2015 10:53

Cette idée que la vie est généreuse, dans ce sens qu'elle nous confronte de façon répétitive aux mêmes problématiques dans le seul but que nous puissions les dépasser est intéressante et peut-être même réconfortante.